Ma participation les 13 et 14 mars derniers au Forum Europe-Ukraine à Rzeszów en Pologne

Je me suis rendu à Rzeszów en Pologne les 13 et 14 mars derniers pour participer à la clôture du Forum Europe-Ukraine.

Le thème de la table ronde à laquelle j’ai participé était le bilan des quatre dernières années de la relation qu’entretient l’Ukraine avec l’Union européenne. Quatre années qui suivirent la « Révolution de la dignité », seconde révolution en Ukraine, dix ans après la « Révolution orange ». Deux événements qui témoignèrent, malgré les désillusions de la population, de l’importance pour celle-ci de voir son pays disposer d’une claire perspective européenne.

Ces quatre années furent difficiles pour l’Europe. En effet, des situations comme le Brexit, l’incapacité à répondre à l’accueil d’un nombre inédit de réfugiés (et ses conséquences sur l’avenir de la zone Schengen) et l’impossibilité entre européens d’avoir une analyse partagée des risques géopolitiques actuels, témoignent des difficultés que traverse l’Europe et des doutes qu’elles suscitent. Sur ces quatre années, l’aspect le plus positif est sans doute, avec l’Union bancaire, et les accords trouvés avec la Grèce, la fin de la crise de crédibilité de l’Euro. Mais ceci ne pourrait être que provisoire et les solutions trouvées engendrent elles aussi des doutes sur les orientations actuelles de l’Europe.

Vu de France, la relation avec l’Ukraine est parfois limitée aux accords de Minsk et à leur respect. S’ils ont permis de geler la ligne de front et de baisser l’intensité des affrontements armés, ils ne peuvent être la solution à l’ensemble de la situation. Et de nouvelles initiatives politiques mériteraient d’être prises pour résoudre (et pas juste geler) une situation qui reste très douloureuse pour l’ensemble de l’Ukraine, particulièrement dans le Donbass et qui continue régulièrement à faire des victimes.

Sans aucun doute, les principales réussites des dernières années dans la relation entre l’Union européenne et l’Ukraine sont :

  • L’accord d’association Ukraine-Union européenne qui permet par exemple aujourd’hui aux produits agricoles ukrainiens d’aborder les marchés européens, participant en cela à la relance d’une activité économique en Ukraine fortement entamée par la guerre ;
  • La suppression des visas pour les Ukrainiens souhaitant visiter l’Europe ;
  • La capacité qu’ont eu plusieurs pays européens, dont la Pologne, d’intégrer plus d’un million d’Ukrainiens à la recherche de travail.

Au cours de cette période, l’Ukraine a pu engager des réformes significatives dans le domaine de l’énergie, le secteur bancaire, la lutte anticorruption et la reconstruction d’une armée. A la suite des élections parlementaires d’octobre 2014, une nouvelle génération d’élus est arrivée, et un renouvellement des partis s’est produit, comme cela s’est par exemple passé avec Samopomitch (Entraide). Malgré une situation économique et sociale complexe, l’Ukraine a pu conduire ses réformes alors qu’elle était en guerre. Et la population a fait preuve d’une impressionnante résilience au cours de cette période.

Certes, beaucoup reste à faire. La lutte contre la corruption est plus que jamais un impératif, l’Etat de droit reste fragile, parfois attaqué. La situation dans le Donbass demeure gelée et le fait de continuer à parler « d’opération antiterroriste » sans nommer directement l’agresseur participe à l’installation du conflit dans la durée, avec toute sorte de compromissions, comme, le commerce de charbon qui est resté possible entre l’Ukraine et les « territoires non-contrôlés ».

Aujourd’hui il demeure plusieurs sujets d’inquiétude sur la perspective européenne de l’Ukraine :

  1. Le pays doit lui-même confirmer ses progrès, faire reculer la place des oligarques et de la corruption, se décentraliser tout en poursuivant la construction de l’Etat de droit ;
  2. Les inquiétudes sur l’Etat de droit en Hongrie, Slovaquie, Roumanie et Pologne ne plaident pas pour une candidature de l’Ukraine ;
  3. La Pologne elle-même a perdu sa capacité et sa volonté d’aider l’Ukraine. Il suffit de voir la différence entre les relations polono-ukrainiennes aujourd’hui et ce qu’elles étaient au moment de l’implication du Président Kwasniewski lors de la « Révolution orange » pour trouver une solution politique à la crise de l’époque ;
  4. Nous n’avons pas la même vision des risques géopolitiques actuels et quelque soit l’analyse que nous faisons du rôle de la Russie en Ukraine, il faut pouvoir travailler avec elle au Moyen Orient,

 

Au regard des aspirations européennes qui s’expriment en Ukraine, malgré de grandes désillusions au sein de la population et des circonstances sociales et économiques particulièrement difficiles, il est important de pouvoir accompagner cette perspective. Ne prenons pas prétexte des inquiétudes que nous avons vis-à-vis de plusieurs pays d’Europe centrale pour évacuer les demandes ukrainiennes. Au contraire, c’est en traçant une voie à la perspective européenne de l’Ukraine que nous pourrons mieux juguler les risques populistes en Europe centrale.

(Sur la photo je me retrouve aux côtés de Jacek Kluczkowski, ancien Ambassadeur de Pologne, Jerzy Kwiecinski, Ministre du développement économique (Pologne), Vasy Bodnar, vice-Ministre des Affaires étrangères (Ukraine), Bartosz Cichocki, vice-Ministre des Affaires étrangères (Pologne) et Gordana Comic, vice-Présidente de l’Assemblée
nationale de Serbie)

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