Solidarité avec les universitaires turcs : mon déplacement à Istanbul (le 7 décembre 2017)

Après une longue trêve, porteuse d’espoir, l’attentat de Suruç en juillet 2015 avait marqué le départ de nouveaux combats entre l’armée turque et le PKK et des villes entières du sud-est de la Turquie étaient sous le feu, subissant de lourdes pertes humaines. En janvier 2016, 1128 universitaires turcs signaient une pétition demandant l’arrêt des opérations militaires. « Nous ne serons pas complices de ce crime » disaient-ils. Le gouvernement avait brutalement réagi, considérant cette démarche comme de la propagande terroriste. Beaucoup des signataires ont perdu leurs postes. D’autres les conservent sans pouvoir effectuer de recherches à l’étranger et sont sous surveillance de leurs recteurs, eux-aussi mis au pas s’ils n’obéissent pas d’eux-mêmes.

Les 5 et 7 décembre derniers, la plupart des signataires furent convoqués au tribunal d’Istanbul pour répondre du crime de « propagande terroriste ». Les audiences se sont succédées mardi 5 et jeudi 7 décembre en présence d’un nombre important de personnes, sympathisants, venus marquer leur soutien aux signataires.

Je me suis rendu à quelques audiences au Palais de Justice d’Istanbul le jeudi 7 décembre pour marquer ma solidarité, mon attachement à la liberté d’expression, à la liberté académique et mon soutien à la coopération universitaire franco-turque dont l’Université Galatasaray est un exemple. Car la coopération universitaire est aujourd’hui atteinte par ces poursuites judiciaires, mais aussi par l’évaluation que font aujourd’hui les universités françaises du risque d’envoi de chercheurs en Turquie.

Dans la situation difficile de la Turquie, il est essentiel de marquer sa solidarité avec ces universitaires et je salue les représentants des universités françaises, de l’Ambassade et de notre Consulat général qui se sont déplacés lors de ces deux jours d’audience.

Les universitaires signataires de la pétition, accusés, défilent devant les chambres de jugement. Ils sont convoqués individuellement. L’un après l’autre ils écoutent l’accusation de propagande terroriste qui leur est portée par le procureur. Après intervention des avocats et des accusés, qui demandent la requalification de l’accusation et du temps pour assurer la défense, le Président, à voix basse, caché derrière son ordinateur, sans consultation apparente avec les autres membres de la formation de jugements, réfute les demandes de requalification et remet parfois à dans deux semaines, parfois à dans 3 à 5 mois la suite des audiences… Le processus est étonnant; il semble relever plus du harcèlement que de la justice. Les dizaines (peut-être même plus d’une centaine) de personnes venues accompagner les accusés témoignent que personne n’est dupe de ce qui est engagé par les procureurs.

A un moment où chacun s’interroge sur la relation Union européenne-Turquie et son avenir, les échanges universitaires doivent rester un champ de liberté et d’exploration à l’abri des désaccords politiques. Ils doivent être maintenus, encouragés et leurs acteurs soutenus.

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