Ukraine, 4 ans après…

A l’invitation des responsables de « Samopomitch », parti créé par le maire de Lvïv dans la foulée de la révolution du Maïdan (2013-2014), je me suis rendu vendredi 1er décembre au « Lviv Security Forum » afin d’échanger avec ses participants sur la situation de l’Ukraine à un peu moins de 4 ans du début d’un conflit qui a couté plus de 10 000 vies.

C’était l’occasion de faire un point sur les observations effectuées lors de mon déplacement, dans le cadre du groupe d’amitié, en septembre dernier, dans le Donbass et à Kiev. Si les Accords de Minsk ont permis plus ou moins le gel de la ligne de front, les incidents sont très nombreux et font de nombreux morts civils et militaires. La conduite de la mission de surveillance de l’OSCE reste délicate ; par exemple de nombreux drones utilisés pour la surveillance sont abattus.

Plus de 1,7 million de personnes ont été déplacées par le conflit. Ainsi, malgré une démographie déclinante et le départ de nombreux ukrainiens, en particulier vers la Pologne, la ville de Kiev doit ouvrir de nombreuses écoles pour faire face à l’arrivée de personnes venues de l’Est du pays. Un million de personnes traverse annuellement la ligne de front dans ces conditions humanitaires et sécuritaires difficiles. Le plus souvent ce sont des ukrainiens vivant dans les « territoires non contrôlés » qui viennent dans la zone sous contrôle ukrainien pour toucher leurs pensions, effectuer des achats ou des démarches administratives. Au-delà de l’insécurité liée à la proximité de la ligne de front, l’ensemble des infrastructures urbaines (eau, électricité, gaz route…) sont parfois paralysées par la ligne de front, sans compter les dégâts qu’ils ont pu subir et les risques que ces dégradations et l’absence de possibilité d’entretien font courir aux usagers.

Initiatrice des Accords de Minsk, la France tient à leur respect. Mais il est important de veiller à ce que ces accords ne deviennent pas l’horizon indépassable de notre relation bilatérale. L’Ukraine a du mal à considérer que ces accords sont respectés, dès lors que les territoires non contrôlés sont considérés comme totalement alimentés, contrôlés par la Russie, faute de la moindre capacité de surveiller la frontière. C’est aussi cette observation qui empêche toute perspective d’organisation d’élections « libres » tant que des garanties sur la tenue de celles-ci et pour ceux qui y participeraient ne peuvent être données.

Le Forum était l’occasion de revenir sur ces points et d’analyser la position de l’opinion publique ukrainienne sur ce conflit et les voies de sortie (ici l’étude d’opinion à la base de cette réflexion) : finalement une opinion publique ukrainienne raisonnable dans ses réponses mais qui reste géographiquement divisée dans son appréciation de la situation. Les différences Est/Ouest restent visibles et demeurent un enjeu pour un gouvernement soucieux de l’unité de l’Ukraine : l’analyse du rôle de la Russie, la perception de l’armée ukrainienne sont très différentes d’une région à l’autre.

L’opinion publique s’interroge sur la volonté de l’exécutif d’apporter une solution rapide au conflit. Elle voudrait aussi une clarification qui désigne clairement l’agresseur plutôt que la qualification « d’opération antiterroriste », opération antiterroriste qui conduit à la mobilisation d’une partie significative de la population masculine… Assez raisonnablement, la population privilégie à 40% une stratégie défensive pour essayer de sortir du conflit, et maintient aux Accords de Minsk un taux de confiance relativement élevé (22%). De manière assez surprenante, une majorité d’ukrainiens semble considérer que les sanctions vis-à-vis de la Russie ne provoquent pas d’effet. En résumé une population résignée à devoir subir encore longtemps cette crise et qui ne voit pas de solution à court terme. Parmi les points remarquables, l’augmentation de la confiance dans l’armée au cours des récentes années mérite d’être soulignée. Elle n’accompagne pas une confiance dans l’administration et l’exécutif. La corruption pèse sur la crédibilité de l’ensemble des responsables politiques.

D’une manière plus générale, alors que l’Ukraine affronte un conflit important, ses voisins –polonais et hongrois- qui étaient autrefois avocats de sa cause à Bruxelles, évoluent aujourd’hui de manière inquiétante en matière d’état de droit et/ou de nationalisme. L’accord d’association, la suppression du régime des visas pour l’entrée dans l’Union, la réforme de l’armée, la supervision bancaire, l’énergie, la décentralisation sont des réformes qui, bien que loin d’être parfaites, font évoluer le pays. L’Ukraine a besoin de ces réussites et doit éviter de suivre l’exemple de ses voisins en matière de nationalisme. Elle a besoin de croire à sa perspective européenne. L’émergence de bataillons de volontaires au début de la crise du Donbass (qui furent indispensables au début de la crise), la circulation des armes faisaient craindre une évolution inquiétante en 2014 : elle a été évitée. Souhaitons que les tensions qui naissent aujourd’hui avec la Hongrie et la Pologne ne conduisent pas à une surenchère nationaliste en Ukraine, ce qui ne servirait aucun des pays de la région.

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