Assemblée générale de la FAPEE (Fédération des associations de parents d’élèves des établissements d’enseignement français à l’étranger) – 7 juillet 2017

 

Chaque année au début juillet c’est toujours un plaisir d’accueillir l’assemblée générale de la FAPEE dans les locaux du Sénat et de rencontrer à cette occasion les associations de parents d’élèves qu’elle regroupe, pour faire le point sur leurs situations respectives, les problèmes rencontrés, l’actualité de l’enseignement français à l’étranger…

Que serait l’enseignement français à l’étranger sans les parents d’élèves ? Leur rôle est bien plus large que dans nos écoles en France. Parents d’élèves intéressés à la vie scolaire, à la pédagogie, aux perspectives ouvertes vers l’enseignement supérieur ? Comme partout. Mais en plus, ces parents sont souvent gestionnaires -c’est-à-dire responsables- de leurs établissements. Et toujours ils payent des frais de scolarité toujours plus importants

La Commission des Finances du Sénat a débattu à l’automne du rapport que lui a remis la Cour des comptes sur l’avenir et le financement de l’enseignement français à l’étranger (Vous trouverez ici le rapport et mes commentaires sur celui-ci).

Ce rapport indique que sur 5 ans, les effectifs des établissements ont augmenté de 55 000 élèves, avec une baisse de la subvention publique. Il indique que les frais de scolarité payés par les familles s’élèvent à 1 800 millions d’Euros en 2015/2016. A rapprocher de la subvention publique à l’AEFE (396 millions d’Euros (auxquels il faut ajouter 100 millions de bourses scolaires). Le financement de cet enseignement est donc de 21,5% à la charge de l’état et de 78,5% à celle des parents (nous avons sorti dans cette évaluation les financements locaux dont la part est très variable). La dynamique des effectifs en croissance conjuguée aux augmentations des frais de scolarité (annuellement autour de +5%) engendre actuellement sur une année une hausse de la participation des parents de 140 millions d’Euros ! C’est dans ce contexte que les établissements doivent se développer et l’AEFE parvenir à maintenir la cohésion de son réseau.

Le désengagement de l’Etat, les conséquences qu’il a sur la cohésion du réseau, les frais de scolarité -et donc l’accessibilité du réseau pour tous-, nous le mesurons et il nous inquiète.

Les plafonds d’emploi sur les enseignants résidents, pris partiellement ou totalement en charge par l’agence, ou les plafonds d’emploi que l’AEFE s’impose à elle-même sur les recrutés locaux des EGD, constituent des contraintes et des préoccupations pour nous, car comment scolariser 55 000 élèves de plus sans avoir davantage d’enseignants titulaires ? Ces plafonds d’emploi sont des blocages bureaucratiques qui n’ont pas de motivations financières valables, puisque la croissance de nos établissements est entièrement autofinancée…

Pourtant, depuis deux ans, ces deux questions de plus en plus aigües ne constituent plus notre préoccupation majeure. Nous devons aussi affronter de très nombreux refus de détachement ou de renouvellements de détachement, même lorsque les demandes sont émises dans les délais. L’année dernière, nous avons dû, avec nos collègues socialistes, nous battre jusqu’à la rentrée de septembre 2016 afin d’obtenir des renouvellements de détachement d’enseignants résidents qui pouvaient être contraints de revenir en France dans l’urgence et sans préparation. La situation était devenue à nouveau critique dès le mois de décembre 2016 en prévision de la rentrée de septembre 2017. Heureusement, la mobilisation des enseignants et des parlementaires a conduit la Ministre de l’Education nationale, au début février, à donner instruction aux académies d’accepter l’ensemble des demandes de renouvellement de détachement qui se présenteraient. Mais le problème s’est alors déplacé vers  les demandes de détachement : pour des titulaires en France, qui souhaitaient partir à l’étranger, pour des TNR en disponibilité, mais qui avaient été sélectionnés pour remplir une fonction de résident à la rentrée. Et pour ceux recrutés locaux, qui étaient retournés provisoirement en France après avoir eu leur concours et espéraient, après titularisation, revenir dans leur pays de résidence.

L’Education nationale m’a indiqué qu’elle avait finalement donné son accord pour 1400 renouvellements de détachement. Qu’elle avait accordé 450 détachements sur les 520 demandés pour le second degré. Et 450 détachements sur 620 pour le premier degré. Soit 900 détachements accordés sur les 1140 demandés, ce qui représente un taux de refus important de 21%… Je continue à suivre plusieurs cas problématiques.

Cette situation est déstabilisante pour les établissements et les enseignants qui y travaillent. Certaines écoles s’interrogent désormais sur leur capacité à disposer à l’avenir de suffisamment d’enseignants, ce qui pèse, en fonction du public souhaité dans l’établissement, sur leur plan de développement, leurs orientations pédagogiques et leurs stratégies d’inscription.

Si cela devait persister, nous risquerions de voir émerger une sorte de quatrième catégorie d’enseignants à côté des recrutés locaux, des résidents et des expatriés : des recrutés locaux qui auraient reçu une formation et une certification leur permettant de ne plus dépendre d’un Ministère de l’Education nationale qui ne sait pas prendre en compte les besoin des établissements français à l’étranger. Car le paradoxe  bien là : alors que sur les cinq dernières années des efforts de recrutement de titulaires ont été faits en France, les académies ne sont plus disposées à détacher leur personnel. Les moyens des établissements à l’étranger ne sont pris en compte par personne au Ministère de l’éducation nationale. Les conséquences principales d’une telle situation sont aujourd’hui une fragilisation de nos établissements, une interrogation sur leur avenir.

Un rectorat des Français à l’étranger ?

Certains évoquent, pour répondre à cette situation, la nécessité de transformer l’AEFE en « rectorat des Français à l’étranger ». Nous sommes sceptiques sur la pertinence de cette réponse car, pour répondre à une difficulté qui devrait se solutionner par le biais d’une meilleure coopération entre l’Education nationale et l’AEFE, nous risquerions de nous trouver incapables de disposer de l’autonomie, de l’initiative, de l’adaptabilité indispensables à nos établissements, tant en termes pédagogiques qu’en termes statutaires, dès lors que ceux-ci fonctionnent à l’étranger dans des contextes très différents, devant souvent prendre en compte les exigences éducatives du pays d’accueil, ce qui exige une forte capacité d’adaptation. Or l’Education nationale ne s’engage pas beaucoup à l’étranger, comme en témoigne le faible nombre de Bacs de type Esabac (Avec l’Italie), Bachibac (Espagne), Abibac (Allemagne) qui ont été mis en place…

La qualité de l’enseignement

L’autre question, politiquement incorrecte, porte sur la qualité de l’enseignement. L’indicateur actuel -les résultats au BAC- est un indicateur assez fiable : Il confirme aujourd’hui cette qualité. De même que les parcours de nos élèves qui se dirigent vers l’enseignement supérieur. Mais nous entendons parfois la question : au-delà d’une maîtrise supérieure des langues étrangères, nos élèves sont-ils meilleurs dans les autres matières ? La croissance des effectifs sans enseignants titulaires supplémentaires pèsera-t-elle sur la qualité globale des études, malgré les efforts de formation réalisés sur les recrutés locaux ? Il faut rester vigilant sur ce point et disposer d’indicateurs plus précis pour répondre aux inquiétudes, mais aussi pour donner aux élèves toutes les chances d’aborder l’admission post-bac dans des conditions optimales.

Gouvernance et frais de scolarité

Nous savons aussi, combien, dans certains établissements, la présence des classes bilangues, d’une section « Bac International » constitue parfois un sujet de débats animés entre les parents et les directions des établissements.

Les frais de scolarité sont une souffrance pour ceux qui ne peuvent y faire face. Mais les gestionnaires doivent affronter une double exigence : (1) limiter les frais de scolarité pour rester accessibles au plus grand nombre, (2) disposer des outils et des programmes permettant à ceux qui peuvent payer de trouver l’établissement attractif. Ce n’est pas un équilibre simple à trouver. Il faudrait que nos établissements soient mieux accompagnés lorsqu’ils doivent faire face à un risque de change, comme c’est le cas cette année en Egypte ou en Tunisie. L’assiette de la contribution de 6% au budget de l’AEFE devrait être réduite des montants versés aux caisses de solidarité existant dans certains établissements, et des taxes locales (de type TVA) qui sont parfois dues. Ce n’est pas le cas pour l’instant.

Le rôle des garanties de l’état

Il faut aussi veiller à ce que les garanties de l’état, qu’étudie l’Agence nationale des Ecoles françaises à l’étranger -ANEFE-, puissent se développer car elles deviennent aujourd’hui plus indispensables à la construction de nos futurs établissements scolaires. En effet, faute de subventions en provenance de l’AEFE et des évolutions du coût du foncier, les montants nécessaires sont de plus en plus élevés.

Les bourses scolaires : évaluer le barème

La réforme des bourses scolaires, initiée en 2013, a entrouvert le système à quelques familles nouvelles. Mais si ceux qui disposent de bourses partielles ne peuvent pas payer le reste à charge, ce sont alors des enfants qui quittent le réseau pour des raisons financière et, ou des établissements qui font face à des impayés. Ces situations sont de plus en plus nombreuses et une réforme du barème s’impose.

Question de gouvernance

Essayer de maintenir le réseau sans réformer sa gouvernance n’est probablement plus possible. Le risque aujourd’hui porte sur le déconventionnement des établissements performants, qui, parfois peuvent avoir le sentiment que l’AEFE n’est plus un partenaire créateur de valeur en termes d’appui et de réputation au regard des contraintes et des coûts qu’elle impose par ailleurs. Tenir à cet atout que constitue ce réseau pour notre pays impose d’y mettre un minimum de moyens. Sinon chaque établissement vivra sa vie sans esprit d’échange et de partage. Et le déséquilibre entre le coût des détachés directs (pour les établissements conventionnés) et celui des détachés auprès de l’AEFE (Pour les EGD et les établissements conventionnés), qui sont structurellement plus chers en raison des pensions civiles, aggravera encore cette tendance.

L’autonomie est indispensable aux établissements à l’étranger. Mais elle doit être équilibrée par cette force de rappel que constitue un objectif commun et des valeurs partagées. Avoir à l’étranger des établissements qui transforment des Français en citoyens du monde et des enfants du monde en citoyens français est un atout, un impératif pour nous, Français vivant à l’étranger et un atout pour notre pays et sa place dans la mondialisation. Nous devrons au cours des prochains mois lister, sans tabou, les défis à relever. Maintenir l’ensemble sans réformer et sans moyens n’est plus possible. Refuser au réseau les moyens de la croissance qu’il pourrait avoir, des besoins qui s’expriment, c’est tourner le dos à notre vocation.

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