Après mon passage au Venezuela, quelques mots pour marquer mon soutien à notre communauté qui vit des moments difficiles

Du 14 au 16 mai derniers, je me suis rendu à Caracas au Venezuela. L’objectif principal de la visite était la rencontre de la communauté française qui affronte une situation économique sociale et politique particulièrement difficile.

C’est avec l’équipe de Français du Monde, autour de Madame Brigitte Saiz, Conseillère consulaire, puis de Madame Hélène Lafaverge et de Monsieur Guy Dufau, Conseillers consulaires, et de l’équipe de l’Ambassade, que nous avons pu faire un premier point de situation et des effets de celle-ci sur la communauté française.

Notre communauté est en effet passée en  moins de trois ans de plus de 5600 personnes enregistrées au Consulat, à moins de 4500. Ceci alors que de très nombreuses personnes, qui auparavant n’avaient pas été ou n’étaient plus enregistrées, « recouvrent » leur nationalité française, s’enregistrent au poste, puis quittent le pays. Les départs sont donc bien plus nombreux que les 1100 qu’indiquerait une simple soustraction.

La situation économique est inimaginable. Par exemple, le rapport entre le taux « officiel » de la monnaie nationale -le Bolivar- et son taux « parallèle » qui, finalement, fixe celui de la plupart des produits d’importation, est autour de 500 ! Un simple café, au taux officiel, coûte l’équivalent de 60 Euros… Avec une telle situation, même ceux qui vivaient correctement il y a quelques années ne disposent parfois plus, aujourd’hui, des moyens de se nourrir. Une simple observation des rues montre combien les poubelles deviennent une source pour de très nombreuses personnes. Autre exemple, les médicaments ne sont pas disponibles, engendrant une crise sanitaire sans précédent dont témoigne la hausse de 30% de la mortalité infantile. Comment rester digne dans de telles conditions ?

La différence hallucinante entre les deux taux de change est un facteur majeur de corruption de ceux qui détiennent le pouvoir et peuvent jouer à leur avantage de ces différences : ils s’enrichissent de manière incroyable aux dépens du pays et de ses ressources, et en font alors partiellement profiter leurs affidés par des distributions de nourriture qui restent souvent pour eux la dernière planche de survie dès lors qu’ils se soumettent au pouvoir. Le plus dramatique réside en l’évolution de la situation : avant c’était le pillage des ressources du pays ; aujourd’hui celui-ci est tel que ces ressources ne suffisent plus à répondre à cette avidité, qu’elles ne peuvent plus être exploitées faute de moyens, ce qui rend le système de plus en plus violent car il n’a plus la même assise sociale qu’auparavant… Le pays se détruit de l’intérieur ; et le système aussi.

La situation de pénurie aiguise l’insécurité chronique dans le pays, qui n’est pourtant pas nouvelle. A celle-ci s’ajoute la violence des manifestations sur une population estimant ne pas avoir beaucoup à perdre sous un régime qui, pour survivre, se criminalise de plus en plus violemment… En cinq semaines, on comptait plus de cinquante morts dans la rue au cours d’affrontements avec les forces de l’ordre. Cette situation de violence organisée engendre aussi un phénomène d’émigration (entre 1,5 à 2 millions de personnes ont quitté le pays en dix ans vers les USA, le Pérou, la Colombie, le Brésil, le Chili, la République dominicaine….). Par contre, faute de moyens, peu d’émigration vers l’Europe alors que les Vénézuéliens bénéficient d’une exemption de visa vers l’espace Schengen. Quand on pense au Venezuela des années 60 ou 70, refuge d’Européens, pays dont la capitale justifiait une liaison aérienne directe en « Concorde », on se rend compte combien l’évolution du pays est dramatique.

Lors de ma permanence, lors de la visite au lycée, j’ai profondément ressenti cela. Les témoignages recueillis soulignent ce sentiment de souffrance. L’accès à la nourriture, à la santé n’est plus garanti pour personne. Ceux qui ont encore de la force, estiment souvent ne plus rien avoir à perdre et manifestent face à un président qui durcit jour après jour ses positions. En ajoutant à cela l’insécurité ambiante, un très fort absentéisme se développe. Dans ces conditions, difficile de se projeter dans l’avenir. Chacun est dans la survie, on rencontre à chaque instant des situations de cette nature. Je suis admiratif de ceux qui parviennent dans ce contexte à faire fonctionner le lycée franco-vénézuélien, les alliances françaises, les entreprises encore présentes… A titre d’exemple, l’Alliance a enregistré une baisse des inscriptions étudiantes de 15%  l’année passée. Et encore plus de départ d’enseignants. Quant aux cours du soir, ils sont de plus en plus désertés en raison des problèmes d’insécurité.

La situation de l’établissement scolaire, les interrogations des jeunes, leur souhait de quitter le Venezuela pour faire leurs études supérieures à l’étranger, le contexte sanitaire, la nervosité ambiante, tous ces éléments s’apparentent de plus en plus à une situation de guerre civile. Caracas en 2017 c’est d’abord l’observation d’un peuple pillé, dont les choix politiques sont niés au profit d’un néo-chavisme qui ne s’appuie que sur la force et la soumission obligée des plus faibles.

Le vice-Ministre de l’Europe au Ministère des Affaires étrangères, Monsieur Yvan Gil Pinto, a insisté lors de notre rencontre sur l’environnement international hostile auquel a fait face la gauche en Amérique latine d’une manière générale, et le Venezuela en particulier : la destitution de Madame Dilma Rousseff au Brésil, l’arrivée de Monsieur Mauricio Macri en Argentine. Mais cette lecture « conspirationniste » des événements de 2016 oublie de signaler que c’est le refus de la kleptocratie qui partout a provoqué ces tremblements de terre politique (même si la situation brésilienne est plus complexe).

Madame la députée Marialbert Barrios m’a entretenu de la situation d’une opposition qui, malgré sa victoire aux législatives, ne peut exercer ses pouvoirs constitutionnels, puisque la Cour suprême s’est arrogée le pouvoir législatif. Les députés de l’opposition ne sont pas rémunérés ; le parlement ne peut pas voter le budget, ni voter la loi. On observe de plus en plus de personnes, initialement favorables au régime, devenir de plus en plus critiques à l’instar de Madame la Procureure générale, elle-même maintenant menacée par la Cour suprême. L’inquiétude est grande car Monsieur Hugo Chavez, lorsqu’il se heurtait à l’opposition, lorsqu’il perdait une bataille politique, savait reculer.  Monsieur Nicolas Maduro quant à lui, ne semble pas en être capable. Manque de volonté ? Manque de poids politique dans l’appareil pour imposer une remise en cause ? L’invention d’une constituante, dont la moitié des membres serait par construction issue des milieux chavistes, apparait comme une négation de l’actuel ordre constitutionnel, pourtant déjà bien mal en point, au profit d’une future constitution qui finalement renierait l’héritage chaviste, que représente la constitution actuelle…

Difficile de savoir comment la situation peut évoluer. Au cours de mon mandat, je n’ai jamais perçu à ce point  lors d’une visite ce sentiment d’absurde et d’arbitraire incohérent, sans perspective, et obligeant chaque jour les personnes à perdre une part de leur sécurité, de leur dignité. Ce sentiment est encore plus difficile lorsque l’on se rappelle d’où vient le Venezuela.

Bravo à ceux qui, dans ces conditions font vivre la France, la langue française et ses cultures dans ce pays, à ceux qui permettent au Lycée franco-vénézuélien de poursuivre son activité. Solidarité avec vous !

Une réflexion sur “Après mon passage au Venezuela, quelques mots pour marquer mon soutien à notre communauté qui vit des moments difficiles

  1. je suis tres heureuse de voir qu’un français a enfin compris la situation dramatique des français du Vénézuela, hélas j’ai la-bas mes trois fils et petits enfants, je suis inquiète pour eux, j’essaie ici en France avec mes faibles moyens de faire connaitre cette situation, j’y ai passé 70 ans de ma vie donc je connais

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