A quelques heures du second tour des élections législatives

Fin provisoire d’une série au scénario incroyable, Emmanuel Macron a gagné l’élection présidentielle. Son message d’optimisme et d’ouverture, des premiers pas réussis dans des sommets internationaux à la préparation millimétrée, une belle réaction à l’isolationnisme égoïste et au négationnisme climatique de Trump et le recours à une scénographie monarchique ont renforcé la confiance de ceux qui l’avaient déjà choisi le 23 avril dernier. Les autres doutent mais laissent faire : 51% d’abstention. Après un premier tour d’élections législatives cinglantes à droite comme à gauche, les militants s’interrogent sur le sens de leurs engagements passés et de leur perception par la société. L’étiquette apparait plus puissante que les actes de militantisme et les résultats obtenus sur le terrain. Ceci ne doit pourtant pas nous conduire à l’abandon, mais plutôt à une réflexion sur nos méthodes.

Paradoxalement, les candidats de «la République en marche » aux législatives, plébiscités pour la nouveauté qu’ils représentent, jouent avec talent la partition sans surprise de 2002, 2007 et 2012 : un président est élu et les autres forces politiques, KO, ne se remettent pas de leur échec. Alors, avec une implacable logique, interrogés quelques semaines plus tard, les Français qui votent font confiance et donnent les moyens d’agir au nouveau Président. Cette confiance donnée porte en elle-même les dérives qu’impliquent une perception d’absolutisme et les germes de déception. Comme en 2002, 2007 et 2012. Puisque ni la droite ni la gauche n’y parvenaient pas, puisque décidément le FN ne pouvait pas être une solution, Emmanuel Macron a imposé son audace. Beaucoup restent sceptiques, parfois bienveillants et agréablement étonnés : « Vous croyez qu’il va s’en sortir le gamin ? ».

La révolution numérique a chamboulé depuis plus d’une décennie la communication politique, les positions de pouvoir, le fonctionnement des partis, la manière de militer et de percevoir son engagement. La capacité d’observation immédiate dont chacun dispose aujourd’hui remet en cause la démocratie représentative. La hiérarchie d’un parti politique ne suffit plus à orienter les ambitions individuelles dans le sens du collectif. Plus de transparence, plus d’informations qui circulent c’est aussi plus d’individualisme. Chaque parti politique a vécu ces évolutions. Ils en sont fragilisés, parfois broyés, quelles que furent leurs histoires. « La République en Marche », parce qu’elle n’a pas d’histoire, n’a pas vécu (encore) cela. Mais s’il est -ou plutôt devient- un mouvement démocratique, cette évolution est probablement inévitable.

Demain, la démocratie ne sera vivante et réelle que si les citoyens restent engagés. Saluons ceux qui décident de s’impliquer et d’apporter leur diversité. Mais pourquoi sur le terrain nombre de favoris issus de « La République en marche » refusent-ils aujourd’hui le débat dans leurs circonscriptions face à des personnalités engagées de longue date et connaissant le terrain et ses difficultés ? Quelles propositions ont-ils ? Quels engagements précis prennent-ils sur les questions qui concernent leurs électeurs, au plus proche de leurs préoccupations ? Par exemple derrière le slogan de l’autonomie et de l’autofinancement des établissements scolaires français à l’étranger, c’est le rôle structurant de l’AEFE et la notion même de réseau d’enseignement français à l’étranger qui pourront être mis en cause.

Une majorité constitutionnelle à l’Assemblée nationale, une opposition laminée, partagée entre la droite et la gauche et dont plusieurs élus devront leur élection à la bienveillance du parti du Président, voila l’horizon. La monarchie éclairée est-elle la solution à l’exigence de renouveau démocratique ? Je doute que ce soit là une réponse durable. L’équilibre des pouvoirs, la non-soumission du Parlement à l’exécutif sont des impératifs. Pourtant, avec la majorité qui se profile, ce sera le 49.3 permanent.

Une volonté de redynamiser la construction européenne ? Bravo ! Nos partenaires respirent. Echaudés par les surprises électorales britannique et américaine de 2016, ils s’attendaient au pire. Mais pouvons-nous penser que démocratiser l’Union européenne passe par une France où tout le pouvoir procède de Jupiter, alors que nos principaux partenaires européens sont des démocraties parlementaires ? Avec quels partis politiques européens et quelles alliances ? Pour être fidèle à ses promesses et renforcer la construction européenne durablement, Emmanuel Macron devra poser les actes d’un meilleur contrôle démocratique des politiques européennes. Le Monarque devra partager sa souveraineté avec les citoyens européens. Le Président y est-il prêt ? Comment dépassera-t-il alors ses propres paradoxes ?

La volonté affirmée d’accueillir tous les talents du monde en France et plus d’investisseurs ? Très bien  Mais pour donner envie, il faut avoir confiance en soi, dans ses principes, ses valeurs et son droit. L’annonce de l’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun est en contradiction avec ce qu’Emmanuel Macron avait distillé l’année dernière en marquant sa différence avec Manuel Valls dans la réaction qu’il fallait avoir face au terrorisme. Au moment où le Conseil constitutionnel rend des décisions encadrant de plus en plus strictement l’état d’urgence, la perspective que « la République en Marche », seule, puisse changer notre loi fondamentale n’est pas très rassurante.

J’ai toujours été gêné par des positions politiques relevant plus du réflexe pavlovien que de la raison. Faire émerger la solution, le consensus par un débat ouvert, respectueux et contradictoire, très bien. Mais l’agrégation des contraires pour produire un unanimisme de façade, je n’y crois pas. Au vu des réformes qui s’annoncent, en particulier en matière économique et sociale, nous aurons besoin de ces débats pour qu’elles soient bien préparées, comprises et acceptées. Aucune force économique ne peut se construire durablement sur une régression sociale.

C’est pourquoi j’espère que cette exigence de pluralisme, d’équilibre s’exprimera dans les urnes le 18 juin. C’est aussi dans cet esprit, bienveillant mais vigilant et exigeant, que je conçois mon rôle lors de la prochaine session parlementaire qui commencera au début juillet.

 

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