Union européenne : l’élargissement est-il toujours crédible ?

Depuis quelques années, l’incapacité de l’Union européenne à incarner les valeurs qu’elle proclame, fragilise sa capacité à être, pour ses voisins, un partenaire utile et stabilisant. Auparavant, dans les années 90, c’était pourtant grâce à la force du projet européen que les pays d’Europe centrale s’étaient profondément transformés et l’Europe renforcée. C’était grâce à une perspective européenne crédible que depuis la fin des guerres dans l’ex-Yougoslavie, la situation s’était progressivement stabilisée et que les négociations d’adhésion engagées avec plusieurs pays de l’Europe du Sud-Est.

Trop rapidement, alors que l’élargissement apparaissait comme un succès, l’attention n’a plus été portée sur les nouveaux états membres (de 2004 et 2007), leurs différences et leur manque de pratique comme membres de l’Union européenne. C’est ce qui aujourd’hui explique la fracture entre l’Est et l’Ouest de l’Union européenne. Les nouvelles crises (Euro et Schengen qui ne sont en rien la conséquence des élargissements actés depuis 1982), le manque de compréhension entre les derniers entrants et les membres plus anciens, conduisent aujourd’hui à refuser de donner une perspective d’adhésion concrète aux pays en cours de négociation. Illustration de cet état d’esprit, Jean-Claude Juncker s’était engagé en 2014 à ce que, sous son mandat de Président de la Commission européenne, il n’y ait pas de nouvelle adhésion. Aujourd’hui dans les Balkans, nous ressentons les premières conséquences inquiétantes de cette décision. Douter de la force du projet européen, c’est l’affaiblir, le travestir et peut-être même le tuer.

Il y a dix ans, Sarkozy et Merkel, en refusant à la Turquie une perspective européenne, ont fait basculer ce pays. Ce rapprochement de la Turquie avec l’Europe venait pourtant de loin. Nous voyons maintenant les premières grandes conséquences de ce basculement. Il sera désormais très difficile d’en circonscrire les conséquences. Souhaitons que pour les pays des Balkans, comme d’ailleurs pour l’Ukraine, notre frilosité reste passagère et n’ait pas de conséquences aussi néfastes et probablement irréversibles à court terme. Nous n’en prenons pas le chemin.

L’impossibilité de donner une perspective concrète de dates d’adhésion aux pays candidats des Balkans conduit ceux-ci à se servir des négociations en politique intérieure plutôt qu’à effectivement travailler à l’adhésion. Les négociations n’ont plus d’objectifs immédiats ; elles sont devenues un état permanent, avec tous les effets pervers de cette observation. Les parasites remplacent les dynamiques, avec des effets négatifs lourds sur l’image de l’Europe et un doute sur son attachement concret aux valeurs qu’elle proclame.

Le refus de donner des dates, pire l’affirmation d’un moratoire sur les adhésions en cours de négociation, affaiblissent la force de la perspective européenne. Dans plusieurs pays celle-ci n’est plus crédible. La situation en Macédoine en témoigne, comme les conditions de la dernière élection présidentielle en Serbie (et la dégradation globale de la situation dans le pays en termes démocratiques). Ceci a aussi des conséquences sur les tensions aux frontières et sur le traitement qu’y subissent les migrants qui continuent de passer, en faible nombre, vers l’Union européenne.

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