compte-rendu de ma visite aux écoles françaises de San Francisco et Los Angeles

Mon déplacement avec Yan Chantrel à San Francisco les 30 et 31 mars derniers fut d’abord sous le sigle de l’enseignement français. J’ai toujours attaché une importance particulière à ce qui se passait aux Etats-Unis en matière d’enseignement français car notre désengagement financier public, tant en termes de subvention que de mise à disposition de personnel enseignant titulaire, y est en cours depuis plusieurs années. Nous en constatons désormais les effets et il pourrait annoncer ce qui se passera ailleurs dans quelques années. Le caractère concurrentiel affirmé de l’enseignement aux États-Unis permet d’anticiper les tendances et les enjeux auxquels nos établissements feront face demain dans des régions du monde évoluant dans le même état d’esprit. Il ne s’agit pas ici d’approuver cette évolution, mais d’observer comment elle est vécue, comment les familles s’y adaptent, quels sont les défis nouveaux des établissements dans ce contexte.

Nous avons donc visité avec notre conseiller consulaire Serge Morel quatre structures différentes.

D’abord EFBA (Education Française Bay Area), fondée et présidée par Gabriel Durana, sur l’idée d’EFNY à New-York grâce au programme FLAM, même si son activité est aujourd’hui totalement autofinancée (le programme FLAM a été mis en place à l’initiative de la sénatrice Monique Cerisier ben Guiga en 2000 pour accompagner l’installation d’heures de cours et de socialisation en français à destination d’enfants français scolarisés dans les systèmes d’enseignement de leur pays de résidence). EFBA dispense des « afterschool » et organise des centres aérés pour des enfants dont le français est la langue maternelle, mais qui sont scolarisés dans le système américain. Plus de 400 élèves, 63 salariés à temps partiel, 54 classes réparties sur 15 écoles de la baie de San Francisco : la réussite d’EFBA est éclatante. Elle permet aussi, grâce à des cahiers d’apprentissage du Français disponible librement au téléchargement et spécifiquement adaptés à l’apprentissage du français par des enfants de langue maternelle française (mais ne pratiquant pas leur langue à l’école) d’offrir à d’autres associations de même nature un appui pédagogique.

Ensuite le Lycée Français de San Francisco, conventionné. Nous évoquons avec le proviseur l’enjeu de la gouvernance de ce type d’établissement car cette question revient souvent. Quel rôle pour les parents qui financent en très grande majorité le fonctionnement de l’établissement ? Quel rôle pour l’AEFE ? Comment les parents gestionnaires d’un établissement peuvent-ils commenter l’action d’un proviseur nommé par l’AEFE ? Faut-il des parents élus à la tête des établissements ou, au contraire, les conflits d’intérêt qui peuvent émerger devraient-il proscrire ce type de gouvernance ? Mes observations me portent à souhaiter dans ce cas une gouvernance au plus près des souhaits des parents d’élèves et sous leur contrôle, mais les recommandations des associations américaines d’écoles privées vont dans un sens tout à fait contraire. Et il est exact que la responsabilité pesant sur les parents est lourde et exige des compétences multiples… Ces questions nourrissent régulièrement les assemblées générales de la FAPEE (Fédération des Associations de Parents d’Elèves à l’Etranger).

Le lycée de San Francisco comme l’Ecole bilingue de Berkeley font face à des coûts importants, les frais de scolarité sont très élevés (parfois plus de 25 000 € par enfant et par an), ce qui est inabordable même pour des familles à relativement hauts revenus. Pour faire face à cette situation, notre consulat à San Francisco dispose d’une enveloppe de 2,8 M€ lui permettant de verser des bourses pour 295 enfants. Les établissements disposent aussi de budgets très importants (plus de $1M) pour soutenir les familles qui ne peuvent pas couvrir l’ensemble des frais de scolarité. Ce « mur » des écolages explique le succès d’EFBA, qui offre une possibilité de socialisation en français en parallèle à une scolarité dans le système américain. C’est aussi la raison qui explique le lancement de la « Chartered School of Oakland » par une équipe de jeunes françaises. Une école privée sous contrat, suivant un programme aux normes américaines, ce qui lui ouvre l’accès à une subvention publique américaine de $8500 par an et par enfant scolarisé. L’école est alors gratuite pour les familles. La difficulté est de parvenir à faire fonctionner l’ensemble de l’établissement (bâtiments, salaires des enseignants, équipements…) avec des moyens beaucoup plus limités que les autres établissements et compte-tenu de niveau élevé des coûts en Californie. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai aidé l’établissement dans ses achats de livres pour enfants grâce à l’utilisation cette année d’une partie de ma réserve parlementaire.

A l’Ecole bilingue de Berkeley nous avons évoqué la question des retraites des enseignants titulaires français ayant été détachés auprès d’une école américaine. Les dispositions votées en 2002 et qui avaient pour but de limiter les doubles cotisations (en ouvrant la possibilité aux détachés à l’étranger de ne pas cotiser en France, sous certaines conditions) ne fonctionnent pas, compte-tenu des caractéristiques de la retraite de fonctionnaire qui, de fait, obligent les détachés directs à poursuivre des versements aux pensions civiles françaises même ils cotisent simultanément aux Etats-Unis à une retraite américaine, conformément aux exigences locales. Il faudra revenir sur ce dossier qui constitue une injustice, car des cotisations payées, parfois en double par ces enseignants, n’engendrent pas une amélioration de leur retraite. Une modification législative est probablement indispensable.

A Los Angeles, avec Yan Chantrel, nous avons pu ensuite visiter le 3 avril Le Lycée Français de Los Angeles, avec sa présidente, Madame Clara-Lisa Kabbaz et son proviseur, Monsieur Denis Petaudon. Nous évoquons le sentiment d’un manque d’entrain de l’Education nationale française à accompagner nos établissements à l’étranger. La question du détachement des enseignants titulaires est posée car des enseignants de cet établissement se sont vu refuser le renouvellement de leurs détachements. Nous discutons la décision de la Ministre de l’Education nationale d’accorder ceux-ci systématiquement pour la prochaine année scolaire et appelons l’établissement à renouveler sa demande. Ici aussi à Los Angeles, la question de l’accès à l’enseignement, au besoin d’accéder aux bourses scolaires pour les Français disposant même de revenus très satisfaisants, et la manière de prendre en compte des éléments de retraite par capitalisation relevant du patrimoine selon les instructions aux bourses scolaires, mais ne garantissent pas nécessairement une retraite importante, est posée.

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