Une « Fiche S » à la plage

Deux attentats terroristes en juillet. La France en choc. S’interrogeant sur elle-même, sa capacité de réagir à ce défi et finalement se montrant vulnérable, car profondément divisée. L’indignation, le dégoût, la peur. Des polémiques. D’une part des « responsables » politiques qui dérapent sur l’Etat de droit et rêvent, tel Robespierre, d’une nouvelle loi des suspects. De l’autre, un message de paix, de compassion et d’unité que la France a reçu des hommes d’église au moment où la parole politique, dévalorisée n’imprimait plus…

Un mois après, le microcosme politique transforme le « burkini » en une affaire d’Etat ! Si la menace terroriste n’était pas aussi forte, s’il n’y avait pas de priorité sécuritaire plus importante, si ce débat n’avait aucun effet stigmatisant, tout ceci serait risible. Pour plusieurs maires de la côte d’Azur, un « burkini » c’est une « Fiche S » à la plage. Une menace évidente à l’ordre public.

Pour certains, se revendiquer musulman est en soit une provocation à la laïcité. Ils se prennent pour le petit Père Combes du XXIème siècle, intransigeants avec l’Islam comme leurs ancêtres le furent avec l’église catholique. Certains nous diraient que s’il a fallu ce combat avec l’église catholique pour rendre l’église compatible avec la République, alors il faudrait aujourd’hui faire de même avec l’Islam. Erreur majeure. Le combat d’il y a cent ans, c’était un combat de chaque composante de la société contre elle-même. Combes lui-même était un ancien séminariste… Transposer ce combat aujourd’hui c’est fracturer une société, construire au sein de notre Nation des projets contradictoires, des identités antagonistes qui ne pourront que la fragiliser, puis la conduire à sa perte. La laïcité, n’en déplaise à certains, n’est pas l’anticléricalisme. Elle a pu passer par là au début du XXème siècle, mais ce serait un grand danger que de le faire aujourd’hui. Le message de Saint-Etienne du Rouvray, le legs du père Jacques Hamel seraient ignorés, méprisés, déchirés, par ceux qui se prétendent les défenseurs d’une identité chrétienne. Ce message c’est pourtant celui qui permet de conjuguer liberté individuelle d’engagement religieux pour celles et ceux qui le souhaitent et citoyenneté pour toutes et tous.

Oui, je comprends que le port du « burkini » puisse choquer. Et alors ? Notre société serait-elle si fragile qu’elle ne peut plus rien accepter, encaisser, tolérer ? Juste bonne à un politiquement correct qui aurait perdu toute signification ? Refuser le « burkini » au nom d’une provocation supposée, c’est interdire demain Charlie au nom d’autres provocations. La liberté est un tout tant qu’elle n’empiète pas sur celle des autres. La décision du Conseil d’Etat est un utile rappel de ce que la Liberté veut dire dans notre pays. Il n’y a pas de République sans respect scrupuleux des libertés individuelles.

Tournons cette déplorable page au plus vite.

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