Déchéance de socialisme.

Déchéance de socialisme

Je suis socialiste. Cet engagement, il vient de loin. C’est une manière de percevoir le présent, de tirer des enseignements de l’histoire, de s’appuyer sur les principes d’humanité afin de tracer des lignes qui transcendent les urgences du moment pour s’atteler à modeler profondément la société de demain en fonction de notre idéal. Ceci vaut pour l’organisation économique et sociale d’un pays ou d’un espace économique. Mais cela vaut encore plus pour fonder ce qui est le socle, l’identité, les règles des organisations humaines dont les nations sont des composantes fondamentales.

Les nations sont des composantes fondamentales des sociétés humaines car c’est sur elles que se sont construits tous les autres droits fondamentaux. Hannah Arendt soulignait que le fait d’appartenir à une nation permettait à l’Homme d’avoir des droits. Ce sont d’ailleurs les Nations Unies qui proclamèrent la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, comme l’un des fondements de ce qui devait être l’ordre mondial issu de la Seconde guerre mondiale. Cet ordre qui devait nous empêcher de revenir aux pires horreurs du XXème siècle. Ces horreurs qu’on ne pourra pas comprendre, ni éviter qu’elles ne se revivent, si on refuse l’idée qu’elles furent des réalisations humaines. Ce « droit d’avoir des droits » est intimement lié à l’appartenance à une nation. Sans patrie, un Homme n’a plus de droits. Sans droits, un Homme est-il un Homme ?

C’est avec ces convictions que j’aborde la proposition que certains font aujourd’hui d’une « déchéance de nationalité pour tous » pour sortir de l’impasse de la proposition de déchéance de nationalité réservée aux binationaux nés français, inscrite dans le projet de loi constitutionnelle déposé le 23 décembre dernier par le gouvernement de Manuel Valls. Cette mesure m’avait profondément heurté, et je m’étais très tôt exprimé sur cette question, ainsi que de très nombreux Français vivant à l’étranger, sensibles aux conséquences dommageables de cette proposition qui n’a rien du symbole inoffensif, mais serait profondément néfaste pour la France, sa cohésion et la coopération internationale en matière de terrorisme.

La « déchéance pour tous » qui apparaît désormais dans le débat, répond en première analyse à certains des arguments forts exprimés par des opposants au projet gouvernemental. Il n’y a plus d’inégalité ni de suspicion exprimées envers les binationaux, plus de symbole qui leur indique qu’ils ne seront jamais totalement français, parce qu’ils sont bi ou plurinationaux. Mais la « déchéance pour tous » est soit un leurre pour revenir à la proposition initiale par une loi ordinaire, compte-tenu du corpus de droit international auquel nous adhérons, avec, in fine, les mêmes conséquences de stigmatisation des binationaux, soit le démarrage d’un processus de détricotage du droit international, d’engagements envers la Cour Européenne des Droits de l’Homme qui constituent l’aboutissement de tous les combats de responsables politiques, de militants, de juristes depuis 1946, pour éviter de sombrer de nouveau dans la folie animale qui a secoué le XXème siècle. Que des actes terroristes nous conduisent aujourd’hui à envisager cela, quelle victoire pour eux ! Quel mépris du sang versé par les victimes dont certaines furent des militants de ce droit international aujourd’hui fragilisé.

Certains s’insurgent. On parle de déchéance de nationalité pour les binationaux, sans dire que c’est pour des terroristes. Finalement ces « salauds » n’auraient que ce qu’ils méritent… Cela peut nous faire plaisir de le penser. Mais est-ce que cela permet d’éviter un seul attentat ? De comprendre le processus qui y conduit pour éviter qu’il ne se reproduise ? D’améliorer la coopération internationale ? La réponse est trois fois non, et même pire. Soyons sages : si on veut être efficace, le temps n’est pas à se permettre ce petit plaisir. Ajoutons que demain -et le FN l’a déjà dit- lorsque la boite de Pandore sera ouverte, plus rien de sérieux n’empêchera que, par une simple loi, soit retirée la nationalité pour d’autres raisons, aggravant la fragilité du lien entre la nation et ses citoyens. Quant à la « déchéance pour tous », ne faudrait-il pas au contraire avoir le courage de constater que chaque nation peut engendrer ses propres monstres, se poser des questions sur ce qui conduit à cela et les empêcher de nuire, plutôt que de les renier… Si beaucoup de pays faisaient cela, il n’y aurait plus de coopération antiterroriste possible.

La solidarité internationale dont la France a été le témoin à la suite des attentats de janvier et novembre, et qui fut sans commune mesure avec celles exprimés auprès d’autres pays (Liban, Egypte, Tunisie, Turquie, Nigéria, Cameroun, Russie…), qui furent théâtres d’attentats aux mêmes moments que la France, nous oblige à être un modèle dans nos réactions, dans notre adaptation à cette nouvelle réalité. Soyons dignes de cette attente.

Mon socialisme est celui guidé par les grandes figures qui traversèrent la Seconde guerre mondiale avec dignité et qui ont contribué à construire les institutions internationales et le droit qui reste aujourd’hui la meilleure chance de terrasser le terrorisme que nous avons à affronter.

Mon socialisme est celui qui retient l’esprit et la chair du discours de François Mitterrand au Parlement européen, en 1995. Il savait ce qu’il avait à transmettre. Il savait le risque que représentait la disparition de ceux qui avaient vécu cela, pour éviter de rejouer l’année 1940 et le rôle malheureux de certains des élus du Front Populaire dans le naufrage du pays. Vingt ans après la mort de François Mitterrand, rester fidèle à son engagement devrait être un impératif pour chaque socialiste !

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