Mon intervention lors de l’Assemblée Générale de la FAPEE.

J’ai reçu le 4 juillet dernier au Sénat l’Assemble générale de la FAPEE (Fédération des Associations de Parents d’élèves des Etablissements français à l’Etranger).

C’est toujours un plaisir, chaque année, de retrouver les représentants des Associations de parents d’élèves à l’étranger. Certaines sont des associations de parents d’élèves comme nous les connaissons en France, d’autres sont gestionnaires de leur établissement, ce qui leur donne une dimension et des préoccupations différentes.

Au cours de l’année, c’est le rapport de Claudine Lepage et Philip Cordery regroupant des propositions pour lutter contre les augmentations de frais de scolarité qui a été sous les feux de l’actualité. L’accessibilité aux écoles est un problème de plus en plus sensible.

Mais gare aux idées reçues, car dans ma contribution à ce rapport, j’avais, sur la base de chiffres transmis par l’AEFE, constaté que les frais de scolarité étaient passés de 3 336 EUR pour l’année scolaire 2007/2008 à 4 903 EUR en 2013/2014. C’est en Afrique qu’ils ont le plus augmenté sur la période. Et ce sont les établissements en gestion directe (+50%), et donc sous la responsabilité exclusive de l’AEFE qui ont en moyenne le plus augmenté leurs tarifs sur la période, suivis des établissements conventionnés (+49%) devant les établissements homologués, dont la gestion est strictement privée.

Surprenant au premier abord, cette évolution se comprend si l’on se rappelle des deux décisions des gouvernements Fillon : (1) Imposer un prélèvement de 6% sur le montant des frais de scolarité perçus au bénéfice de l’AEFE pour les EGD et les conventionnés et (2) transmettre le coût de la part patronale des retraites des titulaires de l’éducation nationale détachés à l’AEFE (et qui vont travailler dans les EGD et les conventionnés) plutôt qu’à l’éducation nationale, tandis que pour les personnels détachées dans les établissements privés les retraites restent prises en charge par le Ministère de l’éducation nationale, diminuant d’autant leur coût…

Enfin, à ceux qui pensent que les frais de scolarités augmentent sans limite de manière exponentielle, il faut rappeler que les frais de scolarité moyens et la subvention publique à l’AEFE conduisent à un coût de scolarisation par élève à l’étranger inférieur de 1300 EUR à la moyenne de l’éducation nationale en France. Ainsi, même si les constructions et le coût du foncier de certains investissements récents sont très importants, c’est bien le désengagement de l’Etat et l’augmentation des effectifs (dont il faut se satisfaire, car il correspond à un accroissement de la mission de diffusion culturelle) qui est la première cause de l’augmentation des frais de scolarité constaté ces dernières années.

Il faut aussi faire attention à une réflexion trop concentrée sur la maîtrise des frais de scolarité, car si les économies proposées conduisent à réduire l’attractivité d’un établissement scolaire qui restera, quoi qu’il arrive cher, on risque alors de perdre des élèves…

L’un des principaux enjeux aujourd’hui c’est la conjugaison d’une augmentation de 9000 à 10 000 élèves de plus chaque année dans le réseaux des établissements d’enseignement français à l’étranger, ce qui correspond à l’ouverture de plus de 350 classes, et des difficultés de l’éducation nationale à faire face à ses besoins sur le territoire national. Ainsi au plafond d’emploi s’ajoute de plus en plus de difficulté pour détacher des enseignants, même dans le cadre de ce plafond d’emploi. Les rectorats les plus démunis font de la résistance lorsqu’il s’agit de détacher des enseignants. Pourtant si sur les 60 000 postes ouverts depuis 2012 on attribuait à proportion du nombre d’élèves français dans le réseau (120 000) 1% des postes crées à l’étranger, la situation de nos établissements scolaires serait bien meilleure…

L’une des questions actuelles, est aussi celle des bourses scolaires. On constate que de plus en plus de boursiers partiels ne peuvent pas payer le reste à charge, et que cela pèse de plus en plus sur les établissements scolaires. Il faut veiller à cela, car la politique de bourse ne survivra pas longtemps à cette situation. Il arrive, d’ailleurs, que les DAF des établissements « détournent » une partie des bourses annexes pour rembourser les dettes des familles, ce qui peut conduire à des phénomènes d’exclusion de familles boursières (plus d’accès au transport ou à la demi-pension) sur lesquels il faut dès lors sensibiliser l’AEFE, qui alors réagit. Mais ces phénomènes témoignent d’une tension grandissante et dont les responsables à Paris doivent avoir bien conscience.

J’ai également signalé que les conseillers consulaires élus dans 130 circonscriptions étaient des vecteurs importants pour les préoccupations des comités de gestion de nos établissements. Il ne faut pas craindre qu’ils apportent un peu de politique dans les établissements, mais au contraire les impliquer au maximum pour qu’ils prennent bien en considération les contraintes de fonctionnement des établissements scolaires. C’est important, car depuis 2007 les principales réformes qui ont marqué l’AEFE et le réseau sont directement issues des propositions émises lors des élections présidentielles. Si les propositions sont inadéquates, ou mal mises en œuvre, cela pose ensuite des problèmes. Il est donc essentiel que les élus de proximités soient le mieux possible impliqués dans la gestion des établissements afin d’être utiles lorsque des programmes électoraux sont élaborés ou mis en œuvre…

Si les frais de scolarité sont une préoccupation importante, les statuts des établissements, souvent compliqués, sont des sujets qui méritent d’être abordés de manière extrêmement prudente et toujours en concertation avec les postes diplomatiques (et réciproquement), car les implications sur le plan social et fiscal peuvent être majeures. J’ai signalé ici en particulier le problème des déclarations de revenus des enseignants résident dans leur pays de résidence. Ces situations dépendent des conventions fiscales, mais l’application de celles-ci risque d’être de plus en plus rigoureuse au fur et à mesure que les échanges automatiques d’informations entre administrations fiscales se développeront.

La situation de l’enseignement français à l’étranger est spécifique par rapport à ce que l’on observe en France. D’abord, par l’engagement des parents. Ensuite, par rapport aux difficultés sociales rencontrées dans certains établissements scolaires. L’absence de mixité sociale rend la situation dans certains établissements, en France, très difficile. La réforme des collèges pourrait aggraver les choses car la boussole de la qualité risque d’être perdue. Il conviendrait de vouloir établir l’égalité dans une exigence d’excellence, plutôt que comme une excuse pour faire passer des mesures d’économie…Ceci doit nous inciter à relativiser, et à comprendre le contexte national lorsque l’on fait part de revendications à nos tutelles, à l’éducation nationale ou aux affaires étrangères.

Nos établissements Français à l’étranger ont de très nombreux atouts. L’apport spécifique des parents, l’engagement tout particulier des enseignants sont des forces qui expliquent cette situation. La France dispose grâce à ce réseau à la fois d’un outil sans pareil d’accompagnement de ses entreprises, mais aussi de diffusion de sa culture et de ses valeurs. C’est essentiel pour pouvoir se comprendre, car il n’y a pas de diplomatie économique sans diplomatie. Et pas de diplomatie sans moyens pour se comprendre, partager et s’apprécier. Nos établissements disposent de forces formidables. Un apport essentiel à l’internationalisation de notre pays. Tout cela pour moins de la valeur d’un Airbus A380 par an !

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