Grèce :quelques remarques après le vote par le Parlement français du plan de soutien

J’ai voté mercredi en faveur de l’accord obtenu, à l’aube, lundi 13 juillet, pour permettre à la Grèce, dans le cadre de la zone Euro, d’obtenir un nouveau plan de soutien financier.

Ce vote, comme le résultat et les échanges des dernières semaines, laissent un goût amer. Pour la première fois des Chefs de gouvernement, des Ministres des finances, ont envisagé la sortie d’un pays de la zone Euro alors qu’aucune base juridique pour conduire cette opération n’est prévue.

Face à cela, la Grèce, concentrée sur ses difficultés n’a pas su prendre en compte les contraintes politiques de nombre de pays qui avaient fait de gros efforts depuis plusieurs années, où parfois les retraites ou le patrimoine moyen des habitants est beaucoup plus faible qu’en Grèce. Elle n’a pas su inspirer confiance à ses partenaires, alors que Syriza était justement une promesse de rupture avec le comportement politique qui avait conduit la Grèce à la situation dramatique à laquelle elle doit maintenant faire face.

Face à l’inconnu que représente la sortie de la zone Euro, le gouvernement Tsipra et une partie majoritaire de Syriza ont finalement préféré choisir de revenir sur plusieurs de leurs engagements de campagne plutôt que de conduire la Grèce dans l’inconnu. Et l’ensemble de l’Europe avec. Il faut leur en être reconnaissant et, lorsque la confiance sera revenue, en tirer les conclusions sur une dette dont le caractère insoutenable est maintenant unanimement reconnu. Une dette qui permet aujourd’hui à ceux qui ont prêté à la Grèce de faire quelques profits, compte tenu des taux d’intérêt pratiqués.

Il faut saluer l’engagement de tous ceux qui se sont battus pour que la crise à laquelle nous faisons face depuis plus d’un mois ne remette pas en cause le caractère progressif, irréversible de la construction européenne. Processus où l’on essaie, souvent il est vrai de manière empirique, de corriger les défauts des décisions précédentes tout en continuant à avancer. Le débat européen ne saurait être éternellement un débat entre créditeurs et débiteurs. Si cela se poursuit ainsi, c’est l’ensemble de la construction européenne qui sera remise en cause. Les orientations européennes doivent être prises entre des Etats dont les institutions politiques sont respectées. Ce n’est pas ce qui qui est ressorti de l’accord de lundi matin, au vu du rôle des « institutions » face au gouvernement et au parlement grec. Et à la manière avec laquelle ce dernier a été sommé d’accepter de lourdes réformes en quelques heures.

Certes, lundi matin, la construction européenne a évité de se fracasser en mer Egée, laissant chaque pays seul face à la tourmente géopolitique qui est aux portes de l’Europe. Laissant chaque pays seul face aux turbulences financières, économiques, provoquées par la démonstration que c’est l’ensemble de la construction européenne qui est réversible.

Réorienter l’Europe, donner à la zone Euro une direction politique démocratiquement élue, assurant l’harmonisation fiscale entre les pays, est un combat politique majeur. François Hollande en 2012, Alexis Tsipras en 2015 ont souhaité le faire. Pour y parvenir dans la durée, l’engagement de la France depuis 2012, avec la mise en place de l’Union bancaire, la capacité d’obtenir des inflexions en matière de rigueur budgétaire, un nouveau plan d’investissement, et aujourd’hui travailler au maintien de la Grèce dans la zone Euro, n’est peut-être pas ce qu’il y a de plus flamboyant. Pourtant ces avancées concrètes permettent d’espérer des résultats. Et d’éviter la sortie de route de la construction européenne, si la Grèce, avait été, lundi, exclue de notre communauté de destin.

Pour aller plus loin, il nous faut disposer d’outils politiques nouveaux. Si nous voulons compter sur le PSE pour cela, sachons qu’il faut tout reconstruire. Le dernier congrès de Budapest, qui a vu la réélection d’un président bulgare, Sergeï Stanichev en délicatesse dans son propre pays, sans débat, sans évocation sérieuse des enjeux européens et du rôle essentiel de la gauche européenne fut à cet égard effarant. Face à Stanichev, aucune candidature. Aucune remise en cause. Mais notre bulgare a un atout : tant qu’il est là, il garde la place chaude pour ceux qui pensent pouvoir y prétendre, mais ne sont pas encore prêts… Pourtant il y a urgence, l’Europe a besoin d’une gauche unie, d’une gauche cohérente. Pas d’une gauche dans la posture du NON à Paris pour soutenir ceux qui savent qu’ils doivent dire OUI pour avancer à Athènes. L’Europe aujourd’hui est une réalité qu’il faut changer, pour en renforcer les principes fondateurs et protéger les Européens. La solidarité européenne face aux égoïsmes nationaux, cela reste une force, un outil exceptionnel. Mais nous savons que si la gauche n’est pas là pour le rappeler, n’est pas assez forte pour convaincre et l’emporter, personne d’autre ne le fait.

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