Ma réaction après la condamnation définitive de Lydienne Yen Eyoum à 25 années de prison

Madame Lydienne Yen-Eyoum, avocate franco-camerounaise, vient d’être condamnée à 25 années de prison par la Cour suprême du Cameroun pour détournement de fonds publics. Le même jour, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire reconnaît, dans un avis rendu public, que « l’arrestation et la privation de liberté de Madame Lydienne Yen-Eyoum sont arbitraires », notamment dans la mesure « où il n’y a pas eu notification des motifs de l’arrestation ». Rappelons qu’elle fut envoyée en prison, détenue en préventive dans des conditions indignes, violant son intégrité et sa dignité, pendant plus de 4 années sans que la justice ne se prononce, sur la base d’une lettre du Secrétaire général de la Présidence de la République.

Ainsi, l’espoir que nous avions placé dans la capacité de la Cour suprême de dire enfin le droit et de respecter sa propre jurisprudence n’a pas été tenu. Rejeter tous les moyens de pourvoi soulevés, dont ceux retenus par l’ONU constitue de fait une négation par la Cour suprême de son rôle.

Les différentes pièces portées dans le dossier de défense de Madame Lydienne Yen-Eyoum n’ont pas été prises en compte. Elle défendait les intérêts de l’Etat du Cameroun, mandatée par le Ministère des Finances en procédant, sur décision de justice, à une saisie d’un compte de la SGBC -filiale de la Société Générale- auprès de la BEAC. C’est parce qu’un accord fut trouvé dans la foulée de sa saisie entre l’Etat camerounais et la SGBC que Mme Lydienne Yen-Eyoum devint, d’un coup, dérangeante. Malgré les dénégations successives de la Société Générale (mon courrier du 3 février 2015, la réponse du 19 mars 2015, complétée par un courrier du 2 juin 2015) sur sa responsabilité dans cette affaire, les documents disponibles établissent que plusieurs montants dus à l’Etat camerounais restaient plus longtemps que raisonnable dans les livres de la Société Générale.

La procédure judiciaire camerounaise étant maintenant close, c’est au pouvoir exécutif qu’échoit la responsabilité de réagir en prenant en compte la situation de Madame Lydienne Yen-Eyoum, l’appréciation des Nations Unies sur sa détention, sa situation humanitaire et son service à l’Etat camerounais. Son incarcération, parfaitement décrite par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, est une insulte à ceux qui luttent pour la justice et la dignité humaine. C’est une gifle à l’image du Cameroun, à la conception de l’Etat de droit.

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