Sénatoriale : La fin d’un cycle

La gauche a perdu la présidence du Sénat. Ce n’est pas une surprise, car plus de 90% du corps électoral avait été renouvelé lors des élections du printemps dernier, particulièrement difficiles pour la gauche. Et depuis, l’ambiance politique ne s’était pas améliorée. Pour les Français de l’étranger, finalement, au premier coup d’œil on pourrait dire « stabilité ». Mais cela mérite d’aller plus loin dans l’analyse.

                                   La fin d’un cycle pour la gauche

Avec cette élection sénatoriale, c’est la clôture définitive d’une période pleine d’espoir ouverte avec nos gains aux élections entre 2008 et 2011, concrétisée par la prise du Sénat en septembre 2011. Sénatoriales 2011, primaire de la gauche, présidentielles, législatives : nous avions beaucoup d’atouts institutionnels en main à la mi-2012 ! Trois années après, qu’en avons-nous fait ? La situation que nous connaissons nous oblige à beaucoup d’humilité et à la mobilisation de toutes et tous pour que cette période où la gauche est aux responsabilités, soit une période utile jusqu’au bout de nos mandats. Par mobilisation, je n’entends pas une obéissance à une ligne tracée du haut et qu’il convient de suivre, tels de bon soldats. Mais une mobilisation des idées afin que l’action du gouvernement soit issue d’une délibération collective, qu’elle soit acceptée et comprise. Sans cela, quelle que soit sa pertinence, elle n’a aucune chance de succès.

                                               S’extraire de l’immédiat

Ce que j’ai observé au cours de ces trois années c’est qu’un parlement ne peut correctement jouer son rôle que s’il est bicaméral. L’Assemblée nationale a un rôle spécifique : donner sa confiance ou censurer le gouvernement. Pour le reste, voter la loi, contrôler l’action du gouvernement, il faut que cela se fasse à un rythme qui sache s’extraire (1) de la dictature de l’instant, des chaines d’information continue, des « buzz » éphémères pour mieux ressentir les évolutions de long terme et être en mesure de peser sur celles-ci et (2) des réflexes de soutien ou de censure d’un gouvernement qui sont congénitaux au rôle institutionnel spécifique des députés et de leur mode d’élection. C’est cela que le Sénat doit pouvoir garantir.

Sans cela notre démocratie deviendra de plus en plus un théâtre. Un théâtre de marionnettes qui, contentes de jouer un rôle sur le devant de la scène, laisseraient l’administration décider de l’évolution du pays sans aucun contrôle démocratique réel. Le Sénat a de ce point de vue un rôle essentiel, qui ne semble pas être compris par certains députés ou ministres qui voudraient que leurs velléités d’un jour puissent se traduire dans la loi le lendemain…

                                Un quinquennat qui dépend de nous

A l’issue de la première partie du quinquennat, la majorité présidentielle est éclatée. Sur la politique économique et sociale, sur notre conception de la Nation, de la construction européenne, notre politique étrangère et de sécurité : il n’y a pas d’unité. Les coups de menton n’y peuvent rien. Le débat, il faut l’accepter, parier plus sur l’intelligence que sur la force pour unir à nouveau ceux qui ont su travailler ensemble pour faire gagner la gauche en 2012. C’est la responsabilité du Président de la République et du Premier ministre de le faire. Et ils ont à l’évidence des progrès à faire…

Mais c’est aussi la responsabilité de ceux qui ont voulu être de l’alternative à Nicolas Sarkozy en 2012 que de travailler sans relâche à la réussite de la seule voie politique qui ne soit pas le retour de la droite ou l’arrivée du Front National. En disant cela, je ne veux pas dire qu’il n’y ait qu’une seule politique possible, mais que sans l’unité de ceux qui ont fait la victoire de 2012, il n’y a aucune autre majorité possible pour aucun de nous, ce qui ouvre la voix à l’UMP et/ou au FN.

Vouloir traduire au niveau local des désaccords qui prennent leur origine au niveau national, alors que l’action sur le terrain est possible ensemble, n’est utile à personne. Il ne faut pas essayer de traduire localement des désaccords constatés au niveau national mais, au contraire, arriver à transcender ces désaccords par l’action commune sur le terrain, comme souvent nous y sommes parvenus au moment des élections consulaires. Quoi qu’il arrive, la sanction démocratique, à la fin, nous touchera tous. Cela se voit dans les résultats globaux aux sénatoriales : soutien ou critique au gouvernement, aucun groupe politique à gauche, n’a progressé.

       Stabilité chez les Français de l’étranger : Quel dommage !

Voilà pourquoi il est dommage que nous, Français du Monde, n’ayons pas trouvé ensemble le moyen de battre l’UMP lors de cette élection. Le résultat montre que c’était possible ….et il faudra s’y atteler à nouveau en 2017.

A titre autant politique que personnel je regrette que Kalliopi Ango-Ela ne soit pas revenue au Sénat. Je salue aussi André Ferrand et Christian Cointat, Sénateurs sortants UMP, avec qui nous avons pu travailler. J’ai particulièrement apprécié l’indépendance d’esprit de Christian Cointat, la qualité de ses positions, lors de ces trois années passées avec lui à la Commission des lois du Sénat. Enfin je félicite Claudine Lepage et Richard Yung pour avoir mené campagne dans des conditions nouvelles et suis heureux de pouvoir ainsi continuer à travailler avec eux pendant les prochaines trois années.

Quelques remarques complémentaires : Alors que le collège électoral a été multiplié par plus de trois, les résultats sont très similaires à ceux issus de l’élection par les élus de l’Assemblée des Français de l’étranger lors des derniers scrutins. Que ce soit le rapport droite/gauche, la propension d’une partie des élus à céder à des attitudes 100% clientélistes comme celle de Jean-Pierre Bansard (il a manqué de très peu l’élection) ou la capacité d’une partie des élus à apporter leur voix à un élu qui n’a d’indépendant que le nom, mais qui est réalité UMP et aura fait compagne sur l’information des élus sur leur indemnités et leur aura fourni un modèle de papier à en-tête…

Jean-Yves Leconte./.

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