Selon le président de la Douma : « Il n’y a pas de soldats russes en Ukraine »

L’Ambassadeur de la Fédération de Russie en France, Alexander Orlov, avait invité lundi soir à sa résidence, sous l’égide de l’association « Dialogue Franco-Russe » plusieurs chefs d’entreprise, économistes, parlementaires, ainsi que des personnalités françaises marquantes pour la relation entre nos deux pays tel Jean-Loup Chrétien, pour un échange avec Sergueï Narichkine, le Président de la Douma russe.

Présenter le point de vue russe, échanger selon des termes « francs et utiles » comme l’indiquait l’Ambassadeur dans son invitation étaient l’objectif d’une réunion bienvenue en ce qui me concerne avant mon déplacement à Kiev en fin de semaine. Bienvenue aussi car il est souvent utile de se parler pour essayer de se comprendre et éviter l’escalade dans un conflit qui ressemble de plus en plus à un suicide collectif. C’est l’esprit dans lequel le Président de la République, François Hollande, avait inscrit son action le 6 juin dernier pour que les Présidents Poutine et Porochenko se parlent, et donc que la Russie reconnaisse l’élection présidentielle ukrainienne.

Lors de cette réunion, les chefs d’entreprise français présents ont bien entendu déploré les sanctions qui limitent ou bloquent leur activité en Russie. Plusieurs intervenants ont souligné l’amitié historique entre nos deux pays, nos combats communs au cours des deux guerres mondiales. Mais j’ai ressenti un certain malaise lorsqu’au nom de cette amitié historique, plusieurs personnes, tant du côté russe que français, oubliaient que certaines actions engagées par la Russie depuis le mois de mars ont profondément atteint sa crédibilité, mais aussi celle du Conseil de Sécurité et de l’ONU toute entière. Et passaient cela sous silence, sans aucune gêne.

Au regard de l’action de la Russie depuis mars, il a été pour moi aussi assez étonnant de voir qu’elle semblait devoir être moins critiquée que l’action de l’Union européenne en Ukraine. Que certains considèrent que l’Union a fait des erreurs politiques en Ukraine est leur droit le plus strict : en effet, lorsque l’on établit la liste des conséquences pour l’Union européenne de la crise en Ukraine, elles sont lourdes pour sa crédibilité et pour son économie. Mais ces éventuelles erreurs politiques ne peuvent à aucun moment excuser le déchirement du droit international par la Russie, ou le fait que la Russie accepte que ses nationaux soient engagés en Ukraine dans des actes qui, s’ils ne sont pas constitutifs d’actes de guerre puisqu’officiellement la Russie n’a pas engagé son armée, sont alors des actes de terrorisme.

Certains arguments entendus sont dangereux pour ceux qui les emploient :

  • s’appuyer sur de précédentes violations du droit international pour relativiser la situation actuelle : aucun non-respect du droit ne devrait constituer un argument pour un autre non-respect du droit.
  • expliquer qu’il peut y avoir des ingérences légitimes sur le territoire d’un état souverain pour soutenir des populations en situation difficile est une position tout à fait respectable. Mais c’est une nouveauté pour ceux qui avaient gravé dans le marbre le principe absolu de respect de la souveraineté d’un pays l’année dernière au moment où la France voulait une intervention militaire sur la crise syrienne. D’une crise à l’autre, il semble parfois que les principes proclamés s’échangent entre les puissances…

La situation actuelle est extrêmement préoccupante car, comme le soulignait Jean-Pierre Chevènement, lorsque la mécanique de la bêtise est mise en route, ses conséquences peuvent être incalculables.

Les économies européenne et russe n’avaient pas besoin de cette crise, pas besoin de sanctions qui nous affaiblissent tous. Mais celles-ci sont la conséquence logique d’une situation politique qu’il convient de désamorcer. Il est particulièrement malheureux que nous en arrivions là alors que nous avons des intérêts économiques, industriels, énergétiques en commun. Nos atouts et nos préoccupations devraient faire de nos pays des partenaires de premier choix en matière de politique énergétique, par rapport aux toutes prochaines négociations sur le climat. Historiquement, lorsque l’Europe va bien, France et Russie sont du même côté. Il est important aussi de souligner qu’en Afrique, au Moyen-Orient, en Afghanistan, nous avons besoin de travailler ensemble pour faire face aux défis terroristes et sécuritaires que nous observons.

Nous ne pouvons rester immobiles et insensibles à ce qui s’est passé depuis mars 2014 et qui remet en cause la crédibilité du Conseil de Sécurité par l’agissement de l’un de ses membres permanents : la Russie. Ainsi, l’une des préoccupations principales de l’ONU est la lutte contre la prolifération nucléaire : que pourrons-nous dire à Téhéran, quelles garanties pourrons-nous donner à ce pays qui a beaucoup de raisons de n’être sûr de sa sécurité à ses frontières si celles que nous avons données à l’Ukraine il y a 21 ans, lorsqu’elle a abandonné son arsenal nucléaire, ne sont pas effectives ?

Enfin, l’action de la Russie depuis 6 mois conduit l’OTAN à se réactiver pour assurer la défense de ses membres, plusieurs d’entre-eux, compte-tenu de leur histoire, se sentant directement menacés par l’action de la Russie à l’Est. Ainsi, il doit être constaté que si la Russie déplore l’interventionnisme américain en Europe, son action depuis le début de l’année est la première raison expliquant pourquoi plusieurs états européens souhaitent l’implication des Etats-Unis en Europe pour assurer leur sécurité. L’évolution des pays d’Europe centrale vers une défense européenne indépendante, évolution qui se dessinait depuis quelques années, est stoppée par cette situation.

Compte-tenu de ces éléments, j’ai posé à M. Narichkine les questions suivantes :

  1. Comment dans ce contexte restaurer la confiance entre les Etats de notre continent pour que la gouvernance mondiale ne soit pas remise en cause par l’incapacité des 3 états européens membres du Conseil de Sécurité à s’entendre ?
  2. Plusieurs militants ukrainiens, ayant soutenu les manifestations du Maïdan, sont aujourd’hui incarcérés en Russie : qu’en est-il de leur situation ?
  3. Pour que dans une guerre des soldats soient protégés, il faut aussi savoir reconnaître qu’ils sont engagés en raison de l’implication de leur état dans le conflit. Pour cette raison, je pose la question : y a-t-il des soldats russes engagés aujourd’hui en Ukraine ?

 Je n’ai reçu du Président de la Douma qu’une réponse à la troisième question : « Il n’y a pas de soldats russes en Ukraine ». Chacun jugera.

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