Mistral : Est-ce bien raisonnable ?

La France est depuis plusieurs mois mise en cause par nombre de ses partenaires pour sa détermination à livrer les deux navires de guerre de type « Mistral » à la Russie.

Rappelons que ce contrat a été signé entre la France et la Russie en 2010, dans la foulée d’une crise géorgienne où Nicolas Sarkozy a prétendu faire l’intermédiaire entre Moscou et Tbilissi. En réalité il n’avait été que le « petit télégraphiste » du Kremlin venu signifier aux Géorgiens les conditions pour que les troupes russes arrêtent leur avancée. Ce qui avait été alors présenté comme un succès français ne faisait pas illusion ailleurs.

La situation est donc compliquée pour la France. D’un côté la finalisation d’un contrat de plus d’un milliard d’Euros et beaucoup d’emplois à la clef, de l’autre le besoin d’être solidaire avec nos partenaires dans les sanctions contre la Russie.

Lorsqu’à Varsovie le 4 juin François Hollande quittait son entretien avec le Président ukrainien élu, Petro Porochenko pour aller à l’inauguration de la statue de Maria Sklodowska-Curie, quelques manifestants ukrainiens avaient témoigné de leurs préoccupations à ce sujet. Depuis, les démarches européennes, en particulier celles engagées par François Hollande le 6 juin, ont conduit Moscou à reconnaitre l’élection présidentielle ukrainienne. Mais la tragédie du vol MH 117 témoigne que des moyens russes sont mis à disposition des bandes terroristes mettant en coupe réglée la région du Donbass.

Faut-il lâcher les Mistral pour la solidarité occidentale ? Notre position est de plus en plus difficile à tenir. Elle semble mettre nos principes politiques à la remorque de nos intérêts commerciaux immédiats. Si le soupçon devait se confirmer, ce serait un lourd coup à notre crédibilité internationale et aux principes de notre politique étrangère.

Gardons-nous toutefois de précipitation sur cette question. Chaque politique de sanction occidentale s’est avérée comme un moyen de renforcer les positions économiques américaines face aux positions européennes. Par ailleurs, il est essentiel pour l’Europe de donner encore sa chance à une coopération avec la Russie, plutôt que de reconstruire l’Europe de Yalta, celle de l’époque où l’histoire de notre continent s’écrivait dans l’affrontement (et parfois la complicité) entre Washington et Moscou. Nous en sommes sortis en 1989. Ne faisons rien pour y retourner. C’est pourquoi il n’est sans doute pas encore temps de se résoudre à un affrontement durable entre l’Union européenne d’une part, la Fédération de Russie de l’autre. Affrontement que signerait une rupture de contrat avec la Russie. Pour éviter cela, Moscou devra prouver être un partenaire déterminé pour le rétablissement de la paix dans l’Est de l’Ukraine.

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