La République égarée

jyl_republique_egaree_last3_03Le scrutin de dimanche dernier, ce n’est pas un choc, mais deux.

Le premier choc, c’est d’abord le score du Front National.

La France qui tourne le dos à ses valeurs et à son histoire. La France qui oublie son message humaniste, sa contribution aux acquis du « Siècle des Lumières ». La France qui se referme sur elle-même inconsciente de l’impact que cela aura sur sa propre image et donc sur sa force. La France qui, en renonçant à elle-même, risque d’entrer dans la spirale du déclin.

On ne conjugue pas impunément l’absence de résultats économiques depuis deux ans de gouvernement de gauche avec l’arrogance d’une droite qui donne chaque jour des leçons alors que l’échec de sa politique est la cause de la situation actuelle du pays. Finalement, dans ce contexte, il est assez logique que les électeurs cherchent autre chose. Mais le plus gênant n’est pas là : persuadé que seul le résultat de notre politique compte, on en a oublié nos principes, notre vision de l’avenir.

L’ennemi de la République n’est pas le Front National. Ce sont les idées dont il assure la promotion et les conséquences qu’elles ont sur la santé de la société française, sur ses peurs et sa capacité à évoluer. Avec ces idées aucun compromis : jamais nous n’avons à nous excuser de ne pas avoir ses idées !

Sur notre conception de la Nation, qui doit unir l’ensemble de la communauté nationale autour d’un projet et d’un avenir communs, que l’on parle immigration, droit d’asile ou vote des étrangers, il faut frontalement aborder avec autant de force le non respect du droit et de la loi que les stigmatisations, les amalgames, les réflexes qui ne font qu’aggraver les situations de conflit et les ressentiments, remettant en cause l’acceptation par la société de sa diversité. Expulser en 2013 plus de Roms que nous n’en n’avons sur le territoire ne signe pas la pertinence d’une politique… Et le résultat de certains mouvements proches du FN dans des pays européens tels l’Autriche ou la Suisse, qui ne sont pas dans notre situation de chômage endémique, souligne qu’on ne combattra pas le FN avec la croissance économique mais avec une vision du monde radicalement opposée à celle qu’il promeut.

Sur notre manière d’aborder l’avenir de l’Europe, ayons le courage d’aller au bout de nos observations : l’Europe c’est aujourd’hui le cadre économique et social pour les peuples de notre continent. Ce qui a été fait depuis 4 ans pour consolider l’Euro, et ainsi éviter le risque d’une récession sans égale, conforte cette observation. Reprendre le contrôle politique de l’Europe, c’est travailler à sa démocratisation et donc assumer sa finalité fédérale. Refuser cette réalité, comme le propose le FN, condamne les Européens à être de simples sujets des puissances mondiales extra-européennes. La crise ukrainienne l’a encore montré. De même, faute d’une majorité volontariste au Parlement européen regarderons-nous le Traité transatlantique se faire sans que les Français ne puissent rien dire ? C’est pourtant l’une des conséquences directes du vote de dimanche dernier !

Combien de fois a-t-on assumé la finalité fédérale de l’Europe au cours de cette campagne ? Jamais. Alors, voilà, à ne jamais rien assumer jusqu’au bout, le résultat est là : 14% !

Pourtant ce n’était pas si mal parti. Le PSE avait réussi à imposer l’idée dans la campagne qu’une majorité au Parlement Européen pourrait, selon le traité de Lisbonne, imposer le Président de la Commission européenne, mandat important qui a lui tout seul permettrait sur les questions commerciales, budgétaires, énergétiques et sociales de réorienter l’Europe. Mais nous n’avons pas réussi dans la campagne à souligner l’importance de cette innovation susceptible de changer l’Europe. Résultat, nous allons continuer à avoir l’Europe d’avant, celle où les intérêts nationaux paralysent la recherche de solution globale…

Le second choc, c’est 86%.

86% des Français qui votent pour des partis qui n’appartiennent pas au gouvernement. Avec une telle défiance vis-à-vis du pouvoir exécutif peut-on encore agir ? Avoir la meilleure politique possible sans avoir aucune capacité d’entrainement permet-il de réussir ? J’en doute. Et parier sur le retournement est-il raisonnable ? L’économie et la vie politique n’ont pas obligatoirement le rythme des pendules.

Depuis 2002, nos institutions dysfonctionnent. Façonnées par et pour un homme providentiel, la V° république a été dénaturée par les réformes introduites au début des années 2000. Ce ne sont pas les institutions qui créent l’homme providentiel. Au contraire, celles-ci doivent pouvoir fonctionner sans cela. Ce n’est à l’évidence plus le cas.

Retournons aussi vite que possible à un régime parlementaire, compatible avec l’ensemble de nos partenaires européens. Dans une démocratie, l’action d’un gouvernement, ses orientations politiques ne sont pas définies par le Palais mais par un compromis passé entre des forces politiques. Revenons à cela au plus vite. Loin des préoccupations des Français ? A priori oui, mais en réalité c’est une condition pour pouvoir mener avec succès une politique définie et comprise par la population. Et dont la mise en œuvre puisse être le plus adéquate possible. Sans changement de méthode, nos résultats ne pourront être différents.

Jean-Yves Leconte.

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