Mali : au-delà du succès de 2013, rien n’est encore gagné.

flag_maliJe suis retourné au Mali la semaine passée : c’était la première fois depuis janvier 2013. Témoin alors de l’angoisse des habitants de Bamako le 10 janvier 2013, l’annonce de l’intervention de l’armée française à la demande du Président malien avait provoqué un grand soulagement. L’intervention française avait alors produit son effet : l’hémorragie terroriste menaçant l’ensemble du pays et sa capitale était stoppée.

Mais rien n’est gagné aujourd’hui et les évènements de Kidal le week-end dernier en témoignent.

Deux inquiétudes prédominent :

  1. Si l’opération SERVAL, conduite par l’armée française, est particulièrement efficace dans son objectif de lutte contre le terrorisme sur le terrain, la force des Nations-Unies MINUSMA qui n’a pas de mandat pour la lutte antiterroriste, est beaucoup plus mal ressentie. En effet, l’arrivée des internationaux a provoqué la réaction d’une population qui doit faire face à une grave crise sociale. Si l’Armée française a implanté son QG dans un camp proche de l’aéroport, elle est sur le terrain en accompagnement de l’armée malienne. La MINUSMA quant à elle a réquisitionné les anciens hôtels Sofitel et Kempinski de Bamako, devenus depuis des bunkers, pour installer une bonne partie de ses effectifs, dont la vie bamakoise engendre une inflation de plus en plus décriée par la population…
  • Combien de temps la population malienne acceptera-t-elle cela si, sur le terrain, les forces des Nations-Unies se contentent souvent de présences supposées dissuasives et n’aident pas les FAMA (Forces Armées Maliennes) à restaurer l’intégrité du territoire malien et l’autorité du pouvoir élu ?
  • Dès que l’intervention militaire fut lancée début 2013, nos efforts politiques furent concentrés vers la tenue d’une élection présidentielle le plus rapidement possible afin de tourner la page du coup d’état de mars 2012 et installer un pouvoir pleinement légitime à Bamako. Pourtant, au moment des élections, la situation à Kidal avec le MNLA n’était pas réglée et la place des Touareg dans le nouveau Mali n’avait pas été définitivement établie malgré les accords de Ouagadougou de juin 2013. Les événements des derniers jours, à l’occasion de la visite de Premier Ministre Moussa Mara à Kidal, le soulignent.

L’engagement de nos forces aux côtés des forces maliennes reste aujourd’hui indispensable pour éviter toute rechute. Mais la voie de la réussite est étroite car si les accords d’Ouagadougou restent une base solide qui doit être acceptée par l’ensemble des parties, la perception qui émerge dans l’opinion publique malienne de façon de plus en plus sensible, d’un décalage entre le gouvernement malien et la position française remettrait en cause les bases politiques établies depuis plus d’une année. C’est en partie la mise en place rapide d’élections, avant d’avoir établi une solution politique stable dans le pays qui rend maintenant la situation dangereuse. Et celle-ci est renforcée par la crise sociale et la fin de l’état de grâce d’Ibrahim Boubacar Keïta.

Entre les soupçons de sympathies françaises pour le MNLA d’un côté et la tentation populiste de l’autre, tout ce qui contribuera à susciter des blocages entre les autorités légitimes du Mali, fondées à exercer leur souveraineté sur l’ensemble du pays, et la France, est porteur de risques pour le Mali.

De retour à Paris, j’ai confiance, au vu de ce qui a été réalisé, sur les chances de réussite. Mais cela ne sera pas simple.

 Jean-Yves Leconte./.

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