Pour une diplomatie économique compatible avec les outils traditionnels d’influence

Tribune parue dans la revue du Trombinoscope Février 2014

A son arrivée au Quai d’Orsay, Laurent Fabius a placé la diplomatie économique au cœur de son action, témoignant de sa volonté de mettre la diplomatie au service des principales priorités de l’action gouvernementale : la croissance et l’emploi. Pour que cette mobilisation soit en harmonie avec le reste du dispositif d’accompagnement de nos entreprises à l’international, il est essentiel qu’elle s’engage dans un cadre évitant tout risque de doublon et qu’elle ne s’accompagne pas par un appauvrissement des actions de rayonnement culturel, éducatif ou scientifique de la France qui constituent un atout maître à ne surtout pas négliger face aux sirènes du court terme.

Accompagner les entreprises à l’international est une belle mission. Mais de quoi parle-t-on ? Aller à l’international n’est pas à la portée de tous. Pour avoir des entreprises performantes à l’international, il faut d’abord avoir des entreprises fortes en compétences, avec une solidité financière leur permettant un réel développement sans mettre en péril le reste de leurs activités. Bref : aider les entreprises à aller à l’international c’est d’abord faire en sorte qu’elles soient plus fortes en France. Le Pacte de Responsabilité répond à cette préoccupation.

Faut-il aider les entreprises ? Comment ?

Le constat est là : les entreprises du CAC 40 sont internationales, beaucoup moins nos PME. Pour remédier à cela, il faut d’abord être conscient qu’une PME ce n’est pas une petite « grande entreprise ». C’est une autre organisation, d’autres répartitions de compétences, des capacités limitées pour suivre les dispositifs d’aides à l’international dont la complication et la multiplicité des acteurs exigent un œil expert pour s’y retrouver.

Aider une PME à l’international, ce n’est pas subventionner un service de consultants ou d’organisateurs de salon pour l’accompagner à l’export. Si l’entreprise n’a pas les moyens de se payer un minimum de services, elle ne pourra pas suivre les exigences de son internationalisation. L’aider c’est offrir à celle-ci :

(1) Une capacité d’analyse sur la situation macroéconomique du pays,

(2) Une aide de la France dans les pays où l’Etat est interventionniste (marchés publics, concurrence, normes…),

(3) Une capacité de partager son expérience avec d’autres entreprises,

(4) Des moyens pour faire face au risque de vente à l’exportation lorsque qu’un client n’est pas couvert par une assurance-crédit privée de type Euler-Hermes ou COFACE.

Enfin les intérêts des PME doivent aussi être connus des pouvoirs publics lors des négociations commerciales dans lesquelles, via l’Union européenne, nous sommes engagés. Voilà ce qu’à mon sens il faut attendre d’un dispositif en faveur de l’internationalisation des entreprises.

Le dispositif idéal doit s’appuyer sur un service public aux objectifs limités mais précis tandis que les structures telles que les « Chambres de commerce », les Conseillers du Commerce extérieur, ou toute autre association ou réunion permettant mutualisation et échange des expériences d’entreprises et d’entrepreneurs doivent être favorisées au maximum pour mieux fonctionner en réseau, et aider les entreprises à trouver les meilleurs partenaires privés susceptibles de les aider dans leur développement.

La fusion Ubifrance / AFII est un pas décisif vers cette rationalisation. Mais il faudrait aller plus loin en faisant converger la nouvelle structure avec les conseillers économiques présents dans quelques ambassades. N’est-il pas plus important d’avoir un réseau capable de remplir dans tous les pays sa mission de service public que de disposer sur les plus grands marchés à l’export d’équipes payées par le contribuable ? En effet, sur ces marchés il existe des consultants privés et des chambres de commerce tout aussi susceptibles d’offrir ces prestations d’accompagnement.

On pourrait objecter qu’Ubifrance et l’AFII n’exercent pas le même métier mais ce qui relève du service public, c’est la promotion de la marque « France » tandis que celle des produits ne peut relever que de l’entreprise qui les produit.

Accompagner les entreprises par un renforcement de l’image « France »

Lors de mon récent déplacement Inde, j’ai rencontré un haut responsable indien qui m’a dit à la sortie de notre entretien : « Il faut revenir ! D’habitude quand un Français vient, il veut nous vendre quelque chose et nous n’avons pas le temps de comparer nos expériences, nos analyses sur la mondialisation et l’évolution des sociétés de nos pays respectifs »… La diplomatie économique ne peut pas être le renoncement à nos outils traditionnels d’influence, à notre politique de rayonnement culturel ou scientifique. Alliances françaises, écoles françaises à l’étranger au rôle essentiel pour assurer tant notre rayonnement culturel que la scolarisation des enfants de nos expatriés, Instituts, Centres de recherche, mais aussi nos compatriotes installés depuis longtemps, sont autant de ponts qu’il convient non pas de négliger « pour faire du commerce », mais de mobiliser pour donner à la France la meilleure image possible et définir les stratégies les plus pertinentes pour nos entreprises. C’est aussi par ce type d’action que nous trouverons des partenaires étrangers qui nous comprennent et qui nous apprécient. C’est essentiel pour établir des relations économiques sur le long terme.

Alors surtout n’opposons pas diplomatie économique et coopération ou rayonnement culturel. Nos actions traditionnelles, si elles sont bien menées resteront pour notre économie un atout maître si nous savons les mobiliser.

 

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