Union européenne – Turquie : Valeurs communes, européanéité et identité culturelle

Intervention à Van en Turquie le 27 mai à l’occasion du symposium d’échange et de dialogue parlementaire entre l’Union européenne et la Turquie

C’est un honneur pour moi d’être aujourd’hui à Van et d’avoir la possibilité d’intervenir devant vous sur cette importante question. D’abord je souhaite remercier les organisateurs pour cette invitation et excuser la qualité de mon anglais, que je vais toutefois essayer de rendre communicatif.

Parler de ce sujet à Van est symbolique. Symbolique à cause de l’histoire riche de cette région, de la diversité des populations qui y ont vécu au cours des siècles, mais aussi des drames qui s’y sont déroulés.

D’abord bien sûr le drame terrible, auquel nous sommes très sensibles dans l’Union européenne, qui s’est déroulé en 1915 et qui a été provoqué par la volonté de l’homme.

Mais aussi les catastrophes naturelles successives qui ont frappé la région. Ici plus qu’ailleurs on sait que ce n’est pas parce que tout semble calme, que l’avenir est assuré.

Le sujet de notre réunion d’aujourd’hui est important car l’Union européenne n’est pas une organisation internationale : c’est un espace. Je souligne ici un espace où l’ensemble des 28 états membres ont choisi d’organiser en commun une part significative de leur avenir économique et social. Ils l’ont décidé car ils partagent les mêmes valeurs et parce qu’ils ont constaté qu’ils étaient interdépendants.

Mettre en place un cadre commun économique et social permet d’être plus fort, de peser sur les évolutions du monde.

Aujourd’hui l’Europe est en crise. Nous devons être mobilisés pour faire de cette crise non pas la fin d’une histoire, mais une crise de croissance. Au début des années 90, nous avons conçu l’Union monétaire. Mais nous n’avons pas eu la volonté ou le courage d’en tirer les conclusions en termes d’organisation politique et de contrôle démocratique. Aujourd’hui l’Europe fait face à un important défi : construire des institutions politiques qui prennent bien en compte que les états-membres doivent partager leur souveraineté en matière budgétaire et fiscale, ce qui exige un contrôle politique de ces orientations qui oblige :

  1. A parler de fédéralisme,
  2. D’accepter que choisir des options pour orienter l’Europe, ce n’est plus un débat entre états-membres mais entre différentes options politiques.

L’Europe est un projet. Son identité n’est pas unique. Sa réalité, c’est de vouloir construire ensemble l’avenir.

En ce qui concerne l’adhésion de la Turquie, les administrations, les diplomates peuvent bien travailler, négocier chapitre après chapitre l’adhésion de la Turquie. Mais à la fin la ratification de ce processus ne sera possible que si de part et d’autre les citoyens de l’actuelle Union européenne et les citoyens turcs ont le sentiment que l’adhésion :

  1. Renforcera nos valeurs,
  2. Que chacun accepte que nous ayons un futur commun. Pas seulement un destin commun, mais une volonté commune d’agir ensemble. Une appétence mutuelle doit émerger.

Deux questions donc :

  1. Avons-nous des valeurs communes ?
  2. Sommes-nous prêts à agir ensemble ?

SI la question est deux fois oui, alors l’adhésion sera possible.

Concernant les valeurs communes, personne n’a à donner de leçon. Il est difficile aujourd’hui de prétendre que nous n’avons aucun problème en Europe sur ce point. Je pense à la situation constitutionnelle en Hongrie ou à la situation des prisons en France, pour ne donner que deux exemples. Mais cela n’excuse rien pour autant. La situation des journalistes, le système judiciaire turc sont des points d’interrogations pour de nombreux européens. Le processus de paix et d’intégration avec les Kurdes est bienvenu. De même que la libération de la parole de la société turque depuis une dizaine d’années. Il est possible aujourd’hui d’évoquer aujourd’hui des questions qui étaient des sujets interdit auparavant, comme le génocide arménien.

Sur cette question les évolutions des discussions sur la nouvelle constitution sera un élément clef de l’évaluation de l’évolution du pays.

Agir ensemble. Il y a crise en Europe, croissance en Turquie. Mais cette appréciation est trompeuse, car votre croissance est en très grande partie due à l’ouverture économique réciproque réalisée ces dernières années entre la Turquie et l’Union européenne. Nous serons fort ensemble ou faible séparés. La croissance en Turquie renforce les valeurs européennes en Turquie. C’est un élément très positif. Nous avons aussi besoin d’agir ensemble pour renforcer nos valeurs spécialement aux frontières de la Turquie, et dans les pays où le printemps arabe a levé des promesses de démocratisation qu’il convient de renforcer autant qu’il est possible. Nous agirons mieux ensemble sur ces questions.

Pour agir ensemble, le plus important n’est pas d’avoir une identité culturelle commune mais  la volonté de construire ensemble un avenir sur ces valeurs partagées. Dans cette hypothèse, notre diversité sera notre premier atout.  C’est cela l’européanité.

Entre la France et la Turquie, faisons tout pour que la période Sarkozy soit une parenthèse. 2013 doit concrétiser cette volonté de reconstruire nos relations. C’est avec ce sentiment que je crois que nous devons travailler ensemble pour pouvoir dire ensemble dans 10 ou 20 ans : « Quel bonheur de pouvoir se dire Européen ».  Être ensemble des citoyens européens pour  être citoyens du monde, pas des sujets du monde.

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