La rénovation est-elle crédible ?

Depuis quelques mois le PS planche sur son projet et sa rénovation. Le Bureau National travaille à un rythme effréné : En un mois, nous venons de boucler notre vision d’un nouveau mode de développement économique et social. Nous nous attaquons maintenant à la rénovation du Parti. Nous voterons sur ce sujet dans moins d’un mois !

Bref tout ce que nous n’avions pas réussi à faire depuis 2002 était pourtant d’une facilité déconcertante, puisque si vite validé, après de si rapides débats…

Naïf que j’étais de penser que la rénovation était d’abord un moyen de retrouver la possibilité de forger dans le débat nos propositions pour le futur, de refaire du PS une pépinière d’idées qui nous aiguillent dans notre recherche de la meilleure position possible, d’ouvrir le parti sur l’ensemble des syndicats et associations qui attendent que nous fassions des propositions en harmonie avec leurs combats… Quoi de plus logique en effet que de commencer par la méthode, savoir comment renouveler ses propositions et confronter ses idées avant de se lancer dans la rédaction d’un projet ?

J’ai pris connaissance du texte d’Arnaud Montebourg. Et je comprends maintenant pourquoi c’était inutile de commencer par là !

A sa lecture, en fait, deux préoccupations émergent : Comment désigner nos candidats aux élections ? Comment s’assurer que le Parti sera derrière son candidat lors de  l’élection présidentielle ? Après la lecture de ce texte j’ai eu envie de dire avec colère, qu’Arnaud Montebourg est à la 6èmeRépublique ce que Louis-Napoléon Bonaparte a été à la seconde…  Plutôt que de parler de rénovation, il faudrait dire « Petit manuel pour accompagner le PS sur la route d’un système présidentiel ». Et si je conçois naturellement que le mode de désignation de nos candidats est important, cela reste du nombrilisme par rapports aux enjeux sur lesquels on attend aujourd’hui un parti politique.

 Bien sûr, des choses intéressantes sont dites sur le non-cumul des mandats, la représentation de la diversité, la parité. Mais on propose des modes de désignation au sein du Parti qui vont consacrer une présidentialisation accrue, puisqu’il est proposé de donner une majorité automatique à celui qui l’emporte au congrès, alors que l’intérêt serait justement de créer une situation sans majorité automatique, afin d’aboutir à une situation où sur chaque projet devrait toujours se construire au Conseil National une majorité d’idée, pas une majorité soumise. Citons à titre d’exemple ce que cela aurait permis, sinon d’éviter, du moins de  discuter avant de le faire, si Lionel Jospin n’avait pas eu de majorité automatique au PS entre 1997 et 2002 : L’inversion du calendrier et l’ouverture du capital d’EDF…

Partisan des primaires ouvertes, j’ai souhaité ces primaires pour qu’elles libèrent le Parti de l’élection présidentielle. Je n’ai pas voulu celles-ci pour conditionner l’orientation du Parti, en externalisant sa pensée, en faisant dépendre de ce candidat la composition des instances du Parti et son programme. Je veux ces primaires pour que nous puissions dire à tous ceux qui sont susceptibles de voter à gauche au second tour : « Participez à venir choisir la personne pour laquelle vous souhaiteriez voter au second tour de l’élection » .  Si le choix est bien fait et la campagne bonne, il est probable que le vote des électeurs se porteront dès le premier tour vers ce candidat. Or j’observe avec ce projet qu’elles visent en réalité faire dépendre l’ensemble des choix du Parti à cette primaire… Bref un Parti qui ne pense plus, et qui vote -accessoirement- après les primaires sur son projet et ne préoccupe pas plus en 2012 qu’en 2002 ou 2007 des législatives qui vont suivre la présidentielle…

ð  Un bref moment de satisfaction, pourtant : l’avancée par rapport au texte initial sur la possibilité pour les Français de l’étranger de participer à ce vote de primaire. Ce sera un moment unique de mobilisation, essentiel par rapport aux élections législatives. Bien entendu, sur le plan pratique, à l’étranger encore plus qu’en France, l’organisation de ces primaires risque d’être compliquée et nous devons y travailler pour être irréprochable et être présent partout où cela est possible.

Ce que j’aurai aimé voir dans ce texte, c’est comment arriver à retrouver au sein des instances du PS des clivages idéologiques légitimes et nécessaires et des débats. Aujourd’hui les affrontements de congrès sont d’autant plus violents et stériles qu’ils ne portent pas toujours sur des idées mais plutôt sur des positionnements entre écuries rivales. Mais il faut bien constater que les motions telles que conçues jusqu’à présent ne sont plus le catalyseur des débats au sein du PS. Deux ans après un congrès, elles ne signifient plus grand choses, ou sont profondément transformées… Il faut donc revoir ceci sans remettre en cause la représentation proportionnelle des courants d’idées au sein du PS, qui est la base de sa diversité et de son fonctionnement démocratique.

Plutôt que de renouveler l’ensemble du Conseil National lors d’un congrès, nous pourrions imaginer qu’il y ait entre chaque congrès deux ou trois conventions sur des sujets majeurs. Et que lors de ces conventions, des « groupes de militants » ou des associations ou syndicats amis puissent présenter des textes, équivalent des « motions » d’un congrès, et portant sur le thème de la convention. Et qu’en fonction du résultat de la convention une partie (par exemple ¼ ou 1/6ème du Conseil National, afin que la moitié du CN soit renouvelé lors des congrès et l’autre moitié lors des conventions thématiques) du Conseil National soit renouvelée selon des dispositions proches de celle que nous avons actuellement pour les congrès. L’enjeu de pouvoir qui motive débats et participation existerait alors à chaque convention thématique tandis que les possibilités de contributions ouvertes lors de nos conventions ouvriraient nos discussions plutôt que de les conclure par des colloques sans grand enjeu, peu médiatisés où les adhérents n’ont qu’un droit d’amendement bien contrôlé.

Je ne sais pas encore comment sera le texte final qui nous sera proposé pour la rénovation, mais voici donc, dans quel état d’esprit je l’aborde.

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