Réformes des retraites : principes pour une réforme utile.

Le système de retraite mis en place à la Libération a apporté des améliorations aux conditions de vie des personnes de plus de 60 ans jusque dans les années 80. Entre 1970 et 1980, les plus de 60 ans, qui constituaient auparavant la classe d’âge dont la proportion la plus importante vivait en dessous du seuil de pauvreté, avec comme conséquence l’obligation de vivre souvent dans des foyers regroupant trois générations, est devenue une classe d’âge disposant d’un niveau de vie moyen égal, à la moyenne. Actuellement il est même supérieur à la moyenne. Alors que depuis 2002 l’UMP a déjà fait une réforme des retraites, il est bon parfois de rappeler que la politique devrait être inspirée par un sens du long terme et d’une vision de la société. Qu’on ne réforme pas par dogme, en divisant et sans vision d’ensemble. Une réforme qui produit encore des effets positifs 30 années après sa mise en place, voilà ce qui devrait constituer un modèle.

Se poser la question des retraites, c’est se poser la question de l’équilibre de la société car il s’agit de la liaison entre les générations : partage des richesses, mode de solidarité organisée par la puissance publique ou, au contraire, recours à la famille, lorsque le rôle de la collectivité s’affaisse.

L’enjeu à la fin des années 40 était d’assurer aux salariés une fin de vie digne et décente. Aujourd’hui quelle est la situation ? Jamais des retraités n’ont eu en moyenne un niveau de vie aussi élevé, tandis que les plus jeunes générations (moins de 35 ans) doivent faire face une
pauvreté qui sévit de plus en plus, une grande précarité, des salaires faibles et un rapport cout de l’immobilier/salaire qui rend de plus en plus difficile l’accès de manière pérenne à un logement sans aide extérieure.

La pauvreté qui frappait il y a 40 ans d’abord les plus de 60 ans frappe maintenant les moins de 35 ans. Et malheureusement lorsque l’on parle des retraites, on pense aux retraites d’aujourd’hui. Or le problème sera crucial demain pour ceux qui sont aujourd’hui dans les
classes d’âges qui ont déjà le plus de difficultés. S’ajoutant aux déficits publics, les perspectives se sont pas enthousiasmantes. Elles seront terribles si la réalité d’aujourd’hui n’est pas regardée en face, ni ne sont revus dès maintenant, les outils de la solidarité intergénérationnelles.

Venons-en donc à quelques remarques :

1. Notre système aujourd’hui n’est pas redistributif. Chacun reçoit en fonction de ses cotisations passées. Dans certains pays « socialistes » nous avons vu des systèmes où les pensions ne dépendaient pas des cotisations versées. Ces systèmes sont une telle invitation au travail non déclaré, partiellement ou totalement, qu’il faut les éviter, même si une part de pension fixe, financée différemment par l’impôt pourrait être envisagée.

2. Il est tellement évident que l’allongement de la durée de la vie, conjuguée à l’évolution de la démographie pèsera de plus en plus lourdement sur les équations du financement des retraites qu’il faut surtout éviter de nier ces phénomènes. Ce serait une erreur de dire que
l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans est un postulat non réversible. Mais ce serait aussi une faute d’en faire dans l’état actuel des choses une solution exclusive au financement des retraites.

3. Retarder l’âge légal de départ n’est pas la solution principale car il y a d’autres obstacles à l’optimisation du financement : le faible taux d’emploi des seniors, la baisse des périodes de pleine emploi pour les salariés. Allonger l’âge de départ à la retraite sans travailler d’abord à cette optimisation serait une erreur.

4. Proposer une longueur de cotisation minimale plus longue ou un allongement de l’âge légal de la retraite impose non seulement de se poser la question de la pénibilité de certains métiers, mais aussi de renforcer l’action de la médecine (et de l’inspection) du travail, de
ses moyens et de ses compétences
, afin que des aménagements individuels puissent être pris en fonction de la santé des personnes. Chacun n’est pas résistant de la même manière à des sollicitations identiques. Et ceci doit aussi être pris en compte si l’on doit évoquer ’allongement
de la période de vie au travail.

5. Alors que la part des salaires dans la richesse nationale n’augmente pas, il serait déplacé d’opérer une ponction complémentaire, dépendant du coût du travail, pour financer les retraites. Ceci pèserait sur les salaires et sur l’emploi. Toutefois, s’il faut chercher d’autres modes de financement comme le propose le PS, des modes de financement s’appuyant sur l’impôt, alors ceux-ci doivent revenir aux pensionnés de manière égale et pas de manière différenciée en fonction de leurs salaires passés et de leurs cotisations. Ce serait une erreur et une injustice de financer par l’impôt une partie des retraites, sans revoir leur mode de calcul, c’est à dire sans conserver à cet impôt sa fonction redistributive.

6. Le système de retraite, la manière de taxer la transmission d’un patrimoine d’une génération à l’autre, sont deux éléments essentiels de la relation intergénérationnelle. La taxation de l’héritage doit être revue, en opposition à la politique fiscale menée depuis 2002, et participer directement au financement des retraites.

7. On le voit dès lors que l’on évoque la pénibilité de certaines tâches, il ne peut y avoir d’égalité devant l’âge de la retraite possible en fonction des personnes et des tâches. Comme il n’y pas d’égalité aujourd’hui entre des régimes de retraites qui restent très distincts les uns des autres et ne sont pas réformés ensemble. Cela permet au gouvernement de jouer
les uns contre les autres. Donnons-nous au contraire le temps de bien déterminer les tâches, les endroits et les contextes nécessitant des traitements différenciés. Remplaçons un certain nombre de différences qui pouvaient avoir dans le passé du sens, mais qui sont devenues
aujourd’hui des inégalités devant la retraite, par une modulation des âges de départ à la retraite en fonction des tâches mais aussi du nombre d’année de cotisation
.

Voici quelques idées et commentaire sur ce sujet sensible, important dans un pays où il faut assurer l’avenir de la solidarité intergénérationnelle, alors qu’elle est aujourd’hui facteur d’inégalité et sera de plus en plus un facteur de tension.

Complément : Pourquoi la retraite par capitalisation n’est pas une solution.

Tout a déjà été dit sur la dépendance de ce type de solution aux marchés boursiers, et la fragilité des pensions qui en découle.

 Beaucoup a été dit sur le renforcement des pouvoirs et des moyens des institutions financières impliquées dans la mise en œuvre de retraite par capitalisation dans les pays où ce système a été retenu, puisqu’elles disposent d’une épargne importante qu’il convient de placer au mieux. Conséquence : les valeurs boursières des entreprises (comme de toute les autres valeurs) augmentent (et font l’objet de spéculation), car la demande d’action (lorsque le système en en phase d’implémentation) va être supérieure à l’offre.

Corollaire de ces moyens financiers nouveaux qu’il faut placer, les comportements des acteurs économiques vont s’uniformiser. L’offre de capital disponible engendre une sélection des entreprises en fonction de leur capacité à attirer les capitaux selon les exigences standardisées exprimées par les investisseurs financiers.

Ce qui auparavant était important (savoir-faire, formation et qualité du personnel, organisation de la production, connaissance des marchés, capacité en recherche et développement) et pouvait être évalué de manière quasi-indépendante se retrouve transformé par des matrices et des tableurs en valeurs boursières qui fragilise la structure des entreprises et change leurs comportement.

Au- delà des conséquences sur la gestion des entreprises, ce type de retraite conduit -pour des raisons similaires- à des spéculations sur l’ensemble des titres possibles (immobiliers, matières
premières, obligations, monnaies, produits complexes… ) rendant le financement de ces besoins vitaux de plus en plus instables tant pour les Etats que pour les consommateurs privés et industriels.

Relativement peu a été dit sur la cavalerie inhérente à la mise en place d’un système par capitalisation. La démographie est têtue. Lorsqu’il a plus de retraités que de cotisants, il va falloir revendre sur le marché plus de titre que les institutions financières ne  pourront en acheter avec les apports plus faible des personnes en activité. Conséquence : Une baisse de la valeur des titres (et donc des pensions), sauf à trouver hors du pays en question, d’autres « pigeons » pour acheter les titres revendus pour servir des pensions : La retraite par capitalisation est un processus qui pour fonctionner dans un pays à la démographie déclinante a besoin d’un système financier mondialisé, avec un nombre de pays de plus en plus grand qui se mettent à ce type de solution.

Enfin, disons le nettement : Une société qui fait pour hypothèse :

– que dans 20 ou 30 ans elle ne sera pas en mesure d’assurer la solidarité collective à un niveau égal à celle d’aujourd’hui, – que chacun doit trouver individuellement, par accumulation de capital, la solution à ce problème par manque de solidarité collective,
– que 20 ou 30 années de travail n’apporteront pas de progrès.

Eh bien cette société ne vaudrait rien et c’est elle qu’il faudrait changer…

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