Un nouveau départ

2004-2010 : La gauche réédite l’exploit d’une victoire à mi-mandat par K.O. de l’adversaire. D’un coup les doutes s’estompent. L’espoir d’une alternative aux prochaines élections nationales change de camp. Comme en 2004 ? Les mêmes causes vont-elle produire les mêmes effets ? Il faudrait l’éviter, pour ne pas rééditer 2007.

Bien qu’un peu tardivement, quelques remarques sur les résultats :

–          Le socle électoral de la gauche, s’il se traduit en avance dans les résultats globaux face à la droite, conjugue les conséquences d’une faible participation et d’une érosion de certaines positions traditionnelles de la gauche. Toute amélioration durable des positions de la gauche passe donc par la reconquête de ces pertes.

 –          Evitons d’expliquer trop rapidement cette victoire par le seul rejet de Sarkozy. Certes, le rejet est clair. Et c’est même plus grave, car ce n’est pas le simple rejet de la politique d’un homme mais du mépris que beaucoup expriment face à Sarkozy. Pourtant, il y a un an, ce rejet existait aussi, et nous avions expliqué notre défaite aux européenne par notre campagne trop simplement antisarkozyste… En réalité, cette année, le vote anti-UMP allait de pair avec un vote positif sur les bilans et projets des exécutifs régionaux. Et localement, nous avons parlé d’enjeux locaux. Ce qui n’était pas le cas l’année dernière où nous avions oublié de parler d’Europe… Il nous reste donc pas mal de travail pour arriver à faire voter « en positif » au niveau national !

–          En France, nous avons, grâce à Europe Ecologie, une situation où la gauche est aujourd’hui majoritaire. C’est une situation rare en Europe, où la social-démocratie est en crise profonde. Notre victoire de 2012 devra ouvrir une nouvelle page du socialisme démocratique en Europe, fidèle à ses idéaux de liberté, de justice, d’émancipation de l’homme et mettant au cœur de son action de nouvelles exigences de respect de l’environnement. Pas pour refuser le progrès, mais pour que celui-ci soit au service de l’homme. Redonnant du sens aux politiques publiques, inventant les nouveaux outils de régulation sociaux, environnementaux qui doivent être au centre du monde de demain.

–          La capacité du PS et de son appareil à se mobiliser a été formidable. Son efficacité est multipliée lorsque le meilleur de nos forces n’est pas utilisé pour juste préparer le prochain concours de beauté interne. Mais il faut avoir le courage de voir que les clefs du succès d’Europe écologie sont relativement en contradiction avec les notre. Notre succès c’est le succès de l’engagement de milliers de militants sur le terrain, depuis longtemps. Leur succès c’est le succès d’un message court mais intense, correspondant aux attentes du moment. L’un deux enjeux des prochaines années, aux delà des différences programmatiques avec les verts, sera de parvenir à construire ensemble une alliance qui tienne compte de ces différences de fonctionnement, pour en recueillir toute la force.

–          En cohérence avec l’observation précédente, les succès du PS s’appuient sur l’implantation et le travail local. Nos difficultés avec Georges Frêche viennent de là, car malgré tous les défauts du personnage, il avait le travail de terrain pour lui. Lorsqu’on vote PS aujourd’hui, le vote est souvent un vote de reconnaissance d’une implantation et d’un travail local. On ne vote pas  « Solferino » comme on vote « Cohn-Bendit ». Ces observations conduisent à rendre difficile pour nous la rénovation des équipes, des candidates et candidats. 

Ces dernières remarques sont essentielles pour trouver la voie d’une vraie rénovation. Nier ces difficultés, dans la situation actuelles des forces et des faiblesses du PS, c’est accepter de continuer à faire de la rénovation un couplet dont chacun de sert pour faire son autopromotion… et pour ne rien changer. La seule rénovation possible ? Revenir à la stratégie de François Mitterrand : Face à une cinquième république présidentielle comme jamais, ne pas faire du PS juste un instrument de la conquête de l’Elysée, mais faire de la conquête de l’Elysée un levier pour gagner une majorité parlementaire, pour changer les institutions, mener une autre politique. François Mitterrand a hérité en 1981 d’un système présidentiel. Sa pratique du pouvoir, les aléas rencontrés, lui ont permis de démontrer que la V° pouvait avoir une pratique parlementaire. Et c’est ainsi qu’il l’a transformée, par la pratique. C’est de nous-mêmes, en 2000-2001, qui avons renoncé à ces acquis. Nous avons 2 ans pour retrouver une pratique conforme à cette stratégie. Dans cet objectif, le fait que le PS ne soit plus hégémonique représente, me semble-t-il, une chance.

Ce résultat électoral est une invitation à l’audace :

–          Construire le projet politique qui permettra d’unir, du Front de Gauche à Europe-Ecologie, le refus du laisser faire libéral pour nous réunir ensemble dans un projet politique cohérent, alternatif.

–          A définir, pour chaque sujet en cause les bons espaces d’action et de choix politique. Parfois au niveau régional, parfois au niveau national, parfois au niveau européen. Il faudra avoir le courage de dire ce qui est possible et ce qui ne l’est pas au niveau national. Afin de ne pas laisser penser qu’une élection en 2012 permettrait de tout réformer. Nier comme Sarkozy l’a fait en 2007 le cadre européen ou le mur de la réalité, c’est préparer de nouvelles désillusions, accroître la suspicion envers la politique.

Depuis une dizaine d’année, le discours affirmant que la finalité de l’Europe est fédérale est rongé par le doute. Le décalage entre le cadre économique et social qui s’impose aux états-membres et l’impossibilité aujourd’hui pour les citoyens de s’exprimer sur les possibilités de réforme de ce cadre est un scandale démocratique : Soit le curseur de l’intégration est allé trop loin soit il faut aller résolument de l’avant.

Revenir en arrière ? Ce serait faire une croix sur l’ambition de peser en quoi que ce soit sur l’avenir du monde. Au moment où l’on peut percevoir la nécessité de régulation mondiale du commerce, de l’exploitation des ressources et de l’interaction de l’homme avec son environnement, ce serait tout simplement un crime de liquider notre seule chance de construire un espace de valeurs communes d’une taille et d’une force capable d’être écouté un niveau mondial.

Voilà pourquoi je veux croire que nous pourrons d’ici 2012 parvenir à réunir l’ensemble de la gauche sur un nouveau projet d’intégration européenne démocratique et social. Projet essentiel tant il est remarquable aujourd’hui qu’une union monétaire sans pilotage démocratique directe, s’appuyant sur l’intergouvernemental, n’est pas tenable en temps de crise… sans le FMI !

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