Après Copenhague

Copenhague est terminé. Un résultat en forme d’échec malgré les espoirs suscités. Quelles leçons tirer ? La première c’est une prise en compte, comme jamais, de la gravité de la situation par les opinions publiques. Si cette prise en compte est éphémère, personne n’aura rien gagné. Mais si cette prise en compte s’inscrit dans la durée, alors elle participera aux nécessaires changements de comportement, de chaque citoyen, mais aussi des représentants des Etats.

L’objectif poursuivit est à l’image de l’ambition des hommes : dompter l’évolution du climat. Arriver, malgré l’activité humaine, malgré la croissance de l’humanité, la croissance de ses besoins, son aspiration à vivre mieux, à éviter un réchauffement de notre environnement avec ses conséquences dramatiques, irréversibles, ravageuses et injustes pour l’homme. Car finalement, l’inquiétude ce sont les conséquences pour l’homme d’une évolution immaîtrisable du climat. Pas juste l’évolution de l’environnement ou la disparition d’espèces animales ou végétales.

La représentation de Lisbonne est-elle mort-née ?

Quelques semaines après le lancement de la mise en œuvre du traité de Lisbonne, les chefs d’Etat et de gouvernement européens, n’ont pas su, n’ont pas voulu que la nouvelle organisation de la représentation diplomatique européenne, Le Président du Conseil et la Haute représentante, puissent (certes, en avant première, mais le jeu en valait la chandelle et aurait évité que le sort du Sommet se fasse sur les désaccords entre les USA et la Chine) jouer le rôle de porte-parole de l’Union. La nouvelle représentation de l’Union, dont on nous vantait les avantages, serait-elle mort-née ?

Des intérêts moins clairs que les discours ne le disaient.

Dans ce sommet, les intérêts en cause n’étaient pas aussi clairs que ne le laissaient croire les discours. L’imbrication des intérêts déclarés des pays du Nord et des pays du Sud, des intérêts privés, souvent contradictoires avec les intérêts publics ont brouillés les motivations des uns et des autres. On a beaucoup opposé pays développés, ayant contribués depuis longtemps à la pollution et aux rejets de CO2 dans l’atmosphère, et les pays en cours d’industrialisation, qui estiment ne pas être la cause de la situation actuelle. Opposition réelle, argumentation légitime, mais qui cachait d’autres enjeux à rebours du discours officiels.

Ainsi, quelles sont les intérêts réels des entreprises occidentales ayant déjà lourdement investit dans les pays en cours d’industrialisation ? Veulent-elles vraiment que leurs sites en Chine ou ailleurs fassent l’objet d’exigences écologiques nouvelles ? Les intérêts des entreprises occidentales ne sont pas automatiquement en harmonie avec l’attente des opinons publiques. Or ce sont des intérêts lourds en raison de la taille des investissements déjà réalisés pour servir les besoins en croissance de ces pays, mais aussi dans le cadre de délocalisations. Et ces entreprises disposent de moyens, surtout en période de crise, pour peser sur les attitudes des responsables politiques.

Citons aussi la volonté des entreprises issues des pays émergents à ne pas limiter leur croissance, alors que certains de leurs gouvernements sont conscients des risques que fait peser l’évolution du climat, en particuliers dans les pays du Sud les plus exposés.

Evoquons aussi l’intérêt de l’industrie automobile mondiale pour des pays, comme l’Inde, qui présentent de large potentiels de développement et dont il ne faudrait pas brider la croissance avec trop de nouvelles (et coûteuse) contraintes anti-pollution…

Enfin, si les conséquences des rejets carbones commencent à être perçues et décrites, constituent-elles pour celui qui a faim, qui a perdu son emploi ou ne peut pas soigner son enfant, la préoccupation majeure ? Cette question est valable chez nous, mais elle est encore plus cruciale dans les pays à l’industrialisation galopante, où subsistent, se développent de grandes pauvretés. La précarité sociale où vivent de nombreuses personnes est la complice de ceux qui refusent de se préoccuper d’écologie. La défense de l’environnement ne peut se faire contre l’homme et sa dignité. Il ne faut pas craindre de l’affirmer : Le socialisme est un outil indispensable du combat écologique.

L’enjeu d’un sommet tel que Copenhague :

Très rapidement, on pourrait les exprimer en deux questions :

1.       Quels mécanismes permettraient de limiter au maximum les émissions de CO2 ?

2.       Comment financer la mise en œuvre d’opération de récupération et de valorisation du CO2, l’adaptation de la planète aux changements climatiques, l’aide aux personnes et pays touchés par les dérèglements climatiques ? En fait ici deux types de questions : L’une sur le financement de la recherche. Une autre sur le financement de la réalisation d’opérations identifiées, mais coûteuses (reforestation…).

Les mécanismes de contrôles et gestion du CO2 s’appuient aujourd’hui sur des quotas qui font l’objet de négociations et d’attribution. Ceux-ci sont commercialisables. La situation actuelle fait apparaître des surplus. Une part de ces surplus est probablement due à la conjoncture économique mondiale, mais aussi à l’attribution trop généreuse de ces quotas. Ceci fait que certains investissements réalisés pour limiter les émissions de CO2 sont à la limite de la rentabilité, en raison de la trop faible valeur des droits d’émission que ces investissements permettent de revendre.  Bref, ce début de régulation par le marché, si elle permet de tirer quelques conclusions qui mériteraient d’être observées assez précisément, ne constitue pas une réponse d’ampleur suffisante aux enjeux. Et pourtant, même ce type de régulation n’est pas sûr de sa pérennité après 2012 !

Il faut lier la question des rejets carbones à la question du droit à la commercialisation des biens ou services produits.  Cela passe par modification des règles du commerce où l’OMC, réformée, doit être en première ligne. Rappelons quelques pistes déjà proposées, à gauche, qui tournent autour de conditions environnementales au droit de commercialisation de biens et services où à des taxes sur le transport de marchandises. Mais avant même d’aller jusque là il faut :

–          Travailler à des procédures de certifications des rejets carbones pour la fabrication des produits, services, (dont le transport).

–          Travailler à des procédures de traçabilité du transport pour les produits manufacturés.

Il existe des normes internationales décrivant l’organisation des processus de production, de fonctionnement des entreprises, les interactions d’une entreprise avec son environnement.  Dans le même esprit, et en relation avec des organismes certificateurs habilités, il n’est donc pas irréaliste de se fixer ce type d’objectif qui pourront ensuite être progressivement exigés lors de la commercialisation de biens et services.

Sur cette base, il serait possible de :

–          Introduire des critères écologiques pondérant le mieux-disant financier, sur l’ensemble des appels d’offres publics,

–          La mise en place de taxes douanières écologiques envers les pays n’ayant pas accepté d’engagement contraignant de réduction des émissions CO2. Ainsi, les entreprises de ces pays acceptant un contrôle et une certification extérieures pourraient continuer à avoir droit à une ouverture des marchés. Les autres non.

Une part importante de la capacité à peser sur les émissions de CO2, et d’une manière plus générale d’évaluer la trace écologique de l’activité économique passe par une nouvelle organisation des échanges commerciaux mondiaux. Il est donc particulièrement dommage que l’Europe n’aie pas saisi ce moment pour être unie, et s’exprimer d’une seule voix. Car c’est le bon niveau pour négocier ce type de chose, dès lors qu’il n’y a aucune chance d’arriver à un accord sans lier celui-ci à liberté de circulation des biens .

De même l’Europe est le bon niveau pour mettre en place sur la prochaine période budgétaire des financements européens permettant aux régions européennes de multiplier leurs efforts d’adaptation, car c’est au niveau des régions, des villes, que les habitudes de vie, les infrastructures de transport, peuvent être changées. Enfin, il faut se reposer la question de la politique énergétique, bien au delà des incitations à l’usage des énergies renouvelables, mais dans la régulation des investissements consentis dans le développement des énergies fossiles (les réseaux de gazoduc en préparation à l’Est, Sud et Nord de l’Europe)…

Ce combat pour l’environnement est d’abord un combat pour l’homme. C’est un combat qui oblige à réformer la gouvernance mondiale, à revoir la notion de souveraineté des Etats. Un vrai combat internationaliste.

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