Anniversaire de la chute du mur de Berlin

Novembre 1989. Le mur de Berlin tombe. Ceux qui n’avaient pas encore perçu l’importance des évènements survenus depuis le début de l’année : la table ronde polonaise, suivi d’élections libres et de l’arrivée du premier gouvernement non communiste, l’évolution de la Hongrie et les conséquences de l’ouverture de la frontière austro-hongroise sur l’étanchéité du rideau de fer, pouvaient maintenant en être sûr : L’après seconde guerre mondiale, la partition de l’Europe, prenaient fin. Dans la foulée, comme un château de carte pour les uns, comme des dominos pour les autres, les régimes communistes d’Europe centrale et orientale chutèrent les uns après les autres. Accélérant par la suite la dramatique dislocation de la fédération  yougoslave et la fin de l’Union soviétique.

Début novembre 1989, toutes ces conséquences n’étaient pas encore mesurées, mais la joie régnait. L’Europe n’était plus traversée par des barbelés. La parole était libre. La force de la liberté avait terrassé un totalitarisme présenté, encore au début des années 1980, comme invincible et tentaculaire. Les menaces d’affrontement militaire Est-Ouest disparaissaient d’un coup. L’Europe, qui depuis 40 ans se structurait autour du rideau de fer, changeait de sens. Cette victoire de l’Europe et de la liberté, des générations d’Européens l’avaient voulue. En avaient fait le sens de leur engagement politique. Elle était maintenant réalité.

Cette victoire était-elle une victoire de la droite sur la gauche ?

Personne à l’époque ne pouvait le prétendre. Le mouvement social polonais, organisé à partir de 1980 autour de Solidarnosc, s’il fut catalysé par l’église, se concentra d’abord sur la revendication des droits humains et sociaux, des droits au travail.

Quand aux événements hongrois et tchécoslovaques, ils furent provoqués par une recherche de démocratisation des régimes  de la part de certains dirigeants communistes : Le fameux « Socialisme à visage humain ». Imre Nagy , Aleksander Dubcek…  dirigeants communistes historiques limogés, parfois exécutés dans le sang d’interventions militaires, lorsqu’ils devenaient trop dangereux.

Bien sûr, des personnalités non classées à gauche ont eue un rôle central dans cette évolution historique :

–          Jean-Paul 2 a su donné aux Polonais la force de mener ce combat. Son « N’ayez pas peur » a été le plus beau des encouragements au changement et à la lutte. Il marquait aussi la fin du principe de l’alliance implicite du marteau, de la faucille et du goupillon permettant au système communiste d’une part, à une bonne partie de l’église polonaise d’autre part, de coexister pour mieux subsister…

–          La résolution de Ronald Reagan face à une Union soviétique à bout de force (fatiguée par une campagne d’Afghanistan que depuis « l’Occident » a repris à son compte, ce qui ne lui réussit pas plus…) a été déterminante pour accélérer l’épuisement du système. Ensuite, la capacité du même président américain à pressentir les possibilités d’évolution que représentait l’arrivée de Mikhaïl Gorbatchev a joué un rôle essentiel dans le déblocage de la situation.

Mais on oublie toutefois trop souvent la contribution majeure de la Social-démocratie à cette victoire historique.

Dès 1920 Léon Blum exprimait cette exigence d’un socialisme démocratique face à l’émergence d’une proposition léniniste de transformation sociale. Cette fracture a structuré les gauches françaises, européennes pendant près de 70 ans.  Cette structuration était si forte que depuis 1989, la gauche européenne ne parvient pas à fédérer ses différentes sensibilités autour de 2 ou 3 grands courants d’idée qui pourraient constituer l’ossature crédible d’une gauche qui serait autre chose qu’un assemblage d’écuries d’ambitions individuelles et d’alliances de circonstances.

Pour faire évoluer l’Europe centrale, il a été nécessaire de manier le bâton (la fermeté face à l’URSS de Reagan, d’Helmut Schmidt ou de François Mitterrand au Bundestag en 1982) et la carotte : la mise en place de contacts et dialogues initiés par l’Ostpolitik de Willy Brandt et d’Egon Bahr et parachevés par la conférence et les accords d’Helsinki. Ces derniers ont parfois semblés hypocrites (Comment pouvait-on parler de démocratie avec des non-démocrates qui n’avaient aucune intention de le devenir ?), mais ils ont obligé les pays d’Europe de l’Est à des ouvertures, à accepter des groupes qui suivaient la réalisation des accords d’Helsinki. Bref l’Ostpolitik de Willy Brandt a permis d’établir les réseaux qui ont permis ensuite de profiter de l’affaiblissement du système. Cet homme, Willy Brandt, maire de Berlin, figure de la Social-démocratie, opposant de la première heure au nazisme a apporté une contribution trop souvent négligée, mais qui fut fondamentale, essentielle, unique à la réunification de l’Europe et à sa démocratisation. On ne lui rendra jamais assez hommage.

Au regard de ce passé, 20 ans après, la social-démocratie européenne, mal en point,  risque aujourd’hui de se faire sortir des commémorations. La réécriture de l’Histoire est en route. Tous les socialismes sont invités à rejoindre le marxisme-léninisme au rayon des idéologies perdues. Paradoxalement, la crise actuelle, qui souligne les excès, les méfaits, les crimes d’un libéralisme devenus sans limite et sans contrainte donne l’énergie du désespoir aux libéraux : Hâtons-nous, se disent-ils, d’achever tous ces néo-collectivistes qui se sentent à nouveau pousser des ailes, avant qu’ils ne réussissent à conjuguer leurs idéaux, leurs valeurs, avec une analyse de la crise économique et sociale actuelle. Et, qu’ils présentent et des propositions crédibles pour en sortir.

François Mitterrand. L’une de ses actions essentielles en politique extérieure a été de sortir l’Europe du compromis de Yalta. Son discours du Bundestag en 1982 marquait son courage et sa résolution. Il perçut, dès 1984, que Wojciech Jaruzeslki méritait mieux que son image de militaire aux lunettes noires et qu’il participerait au mouvement de démocratisation cette partie de notre continent dès que l’occasion se présenterait. A l’université de Sofia, début 1989, il abordait cette année cruciale pour l’Europe, avec la conviction de l’imminence des changements. François Mitterrand se voit aujourd’hui par le truchement d’archives sélectionnées, publiées par un gouvernement britannique aux abois, décrit comme un homme qui « aimait tellement l’Allemagne qu’il préféra qu’il y en ait deux ». C’est cette dernière image de François Mitterrand qui est actuellement tranquillement colportée par les Ministres du gouvernement Sarkozy lorsqu’ils se déplacent en Europe centrale…

A la veille de l’anniversaire de la chute du mur de Berlin, alors que le PSE va, en décembre, tenir son congrès à Prague, j’espère que la Social-démocratie européenne saura défendre son histoire, et sera se tenir fière de son héritage et de ses combats pour la démocratie en Europe. Que nous parviendrons à montrer que ce combat pour la démocratie n’est pas terminé  car il garde aujourd’hui tout son sens. Lorsque monopoles et oligarchies, au nom de leur propre liberté tuent la liberté des autres, sachons redire qu’il n’y a jamais de progrès social, de respect de la dignité là où il n’y a pas de démocratie.

Chez nous, dans nos propres pays, mais aussi à au Sud et à l’Est, Il y a encore tant de « murs de Berlin » à faire tomber…

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