OTAN : La France à rebours de l’Histoire

Le débat sur le retour de la France au commandement intégré de l’OTAN bat son plein. Indépendance du pays, perte d’un symbole de la volonté de développer une politique étrangère crédible et autonome sont avancés par les adversaires du retour de la France au commandement de l’OTAN. Poser la question de l’indépendance tant que nous n’avons pas de base étrangère (américaine) sur notre territoire est un peu surévalué. Mais la question du symbole politique de renonciation à la volonté d’indépendance, de non-alignement du Général de Gaulle est lourde, même si le contexte mondial a fondamentalement changé.

 Possibilité d’agir plus efficacement et de manière plus coordonnée en Afghanistan, au Pakistan, capacité de plus peser plus lourdement sur les décisions de l’OTAN, conséquence de la prise de conscience qu’il n’y aura pas de défense européenne hors ou contre l’OTAN, reviennent souvent en réponse par les tenant de la ligne officielle. Si ces arguments peuvent paraître partiellement pertinents, ils ne résistent pas à l’analyse des moyens et des objectifs actuels de notre politique extérieure.

 1./ Capacité d’intervention en Afghanistan et dans l’ensemble de la région.

 Les risques et les difficultés portés par cette région sont nombreux. Mais ils ne pourront pas se résoudre sans la mise en place d’une politique qui viserait à agir en pleine concertation avec les deux grandes puissances régionales, l’Iran et la Russie. Le Pakistan semblant beaucoup plus complexe à aborder efficacement par manque de stabilité.

 La réintégration de l’OTAN n’apporte aucune solution au problème, et s’avère même contre-productive, puisque la priorité face à l’enjeu en cause serait de parvenir à retisser des liens de confiance avec l’Iran et la Russie. Et la meilleure manière serait de le faire sur la base de nos intérêts communs, d’Européens ou de voisins assez proche (Problèmes énergétiques, drogue…). Et ces intérêts ne sont pas obligatoirement ceux de l’ensemble de l’Alliance Atlantique.

 Alors que l’administration Obama semble aborder le problème d’un œil nouveau, plus pragmatique, mais en fonction des intérêts des Etats-Unis (ce qui est bien normal, mais il faudrait que nous fassions de même pour nos intérêts) c’est en néo-conservateur dogmatique que le gouvernement français continue d’aborder cette région.

 Ajoutons que la classification des Ambassades, récemment effectuées par le Quai d’Orsay et qui ne place pas l’Iran parmi les pays à importance prioritaire, renforce l’idée que la France ne s’inscrit pas dans la région pour peser elle-même sur les choix effectués par l’Alliance mais s’inscrit dans une relation de vassalité avec les USA.

 2./ La prise de conscience qu’il n’y aura pas de défense européenne sans ou contre l’OTAN

 En maintenant depuis 1990 une attitude doublement défensive envers les élargissements de l’OTAN et de l’UE aux pays d’Europe centrale, la France a paradoxalement réussi à coupler auprès des opinions publiques de ces pays l’entrée dans l’OTAN et l’entrée dans l’UE. Le sentiment dans les pays candidats que l’OTAN est un point de passage obligé et symbolique vers l’UE est une conséquence de la méfiance française vis à vis des élargissements de ces deux structures.

 C’est lorsque l’on regarde comment l’entrée dans l’OTAN est perçue en Serbie ou en Ukraine aujourd’hui que l’on peut se convaincre que la France, avec son projet de défense européenne indépendante de l’OTAN, porté depuis le début des années 90, a perdu la bataille de la communication. Ainsi, faire aujourd’hui son deuil de l’idée d’une défense européenne hors de l’OTAN marque effectivement avec une rupture avec une politique qui a échoué. Mais cette rupture n’apporte rien qui permette d’assurer que demain la défense européenne sera plus autonome du dispositif américain.

 C’est sur ce point que la politique actuelle est la plus néfaste. On souhaite peser sur l’OTAN ? A la bonne heure mais avec quels moyens ? C’est un secret de polichinelle que les postes qui vont nous être attribués à l’OTAN ne seront pas des postes en plus pour notre armée à l’étranger et ceci pour des raisons budgétaires. Car il faut financer ces nouveaux les nouveaux engagements de la France à l’Etat-major de l’OTAN. Et cela se fait en supprimant des attachés de défense, de personnels chargés du renseignement qui étaient ou sont encore en poste à l’étranger qui sont invités à rentrer en France afin de maintenir plus ou moins un nombre constant de militaires nommés sur des missions à l’étranger et en liquidant les outils de coopération bilatérale mis en place avec de nombreux pays, en particuliers les cours de français dans plusieurs armées de pays actuellement candidats à l’entrée dans l’OTAN. Ainsi pour quelques postes de commandement nous allons perdre une connaissance du terrain et des outils de coopération et de communication précieux, qui étaient essentiels pour nous permettre d’avoir une prise directe avec plusieurs armées européennes, que nous allons progressivement abandonner, laissant le travail de terrain, de fait aux seuls américains.

 Prenons le cas des Balkans. Il y a moins de 20 ans c’est l’absence d’Europe politique qui a engendré les drames que nous avons tous en mémoire. Ils ont impliqué un rapide investissement de nos armées sur place, et le recours aux Etats-Unis pour remplir le vide que laissait l’insignifiance de l’Europe politique et militaire. Aujourd’hui la situation est calmée mais rien n’est totalement résolu. Les perspectives européennes offertes aux pays de la régions sont aujourd’hui sincères, mais le blocage slovène sur les négociations d’adhésion de la Croatie ou la menace de la France de bloquer tout élargissement futur si le traité de Lisbonne n’était pas approuvé peuvent bouleverser la crédibilité des promesses d’adhésion faites à ces pays à moyen termes. La crise actuelle renforçant encore l’incertitude sur l’avenir de l’Union européenne, il n’est pas permis d’aborder l’avenir de l’ex-Yougoslavie avec une confiance illimitée. Et la remarque vaut aussi pour les pays issu de l’URSS.

 L’Europe occidentale imagine les conflits réglés parce qu’étouffés et qu’ils ne font plus les premières pages de journaux. Mais l’engrenage fatal pourrait bien reprendre. Des évènements extérieurs sont susceptible de réveiller les groupes extrémistes. Il ne faut pas donc tirer trop vite la conséquence du calme actuel que nous pouvons nous permettre de laisser trop vites aux américains (ou à personne) la connaissance du terrain, en violation de tout ce que nous avons appris depuis 1992 sur le besoin de l’engagement européen dans la région. Ajoutons que même si les préoccupations américaines du moment ne sont pas essentiellement tournées vers les Balkans, ils restent fortement présents et que leur force de renseignements, leurs outils de coopérations militaires sont d’un tout autre calibre que le désert que nous nous préparons d’ici peu.

 Pourtant, la perspective de notre réintégration de l’OTAN a conduit le gouvernement à supprimer progressivement le dispositif de renseignement et de coopération militaire mis en place au cours des années 90. Entre le départ de l’EUFOR de la Bosnie, le transfert des compétences de la mission militaire de Sarajevo à … celle de Budapest, celle de Tirana vers Rome, la probable suspension de celle de Zagreb, ou les coupes dans la coopération avec la Serbie et l’interrogation sur l’avenir de la mission de Skopje nous allons nous retrouver rapidement sans capacité de savoir ou de coopérer avec ces pays sur le plan militaire, incapable de porter des projets communs. Nous serons au commandement militaire de l’OTAN, mais nous n’aurons plus la connaissance de terrain qui nous permettait jusqu’à présent de connaître, peser et orienter nos actions, d’avoir notre propre avis sur l’évolution de l’armée de probable futurs membres de l’OTAN … Demain nous serons dans cette région européenne entièrement dépendants du dispositif militaire et de renseignement US.

 Voilà comment le gouvernement Sarkozy, en s’attaquant simultanément au symbole de notre indépendance et de manière plus irréversible aux outils de notre coopération militaire européenne nous entraîne notre pays dans une vassalisation qui ne semble plus dans l’air du temps. Ce n’est pas juste une décision de quitter le commandement de l’OTAN qu’il faudra prendre si demain le PS revient aux responsabilités. Ce n’est d’ailleurs pas cette décision qu’il faudra d’abord prendre. Mais il faudra reconstruire un dispositif de coopération militaire indépendant et fiable. Celui-ci est aujourd’hui, comme le reste de l’Etat, à la dérive. Ce n’est pas à l’alternance qu’il faut nous préparer mais à la reconstruction.

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