Coopération culturelle internationale, développement

 En complément aux participations aux débats sur l’avenir de notre réseau culturel portés en particuliers par Hélène, Boris et Jean-Daniel et à l’atelier que la FFE du Parti Socialiste organise samedi prochain 7 mars 2009 à l’Assemblée Nationale sur ce sujet, je voulais apporter quelques réflexions personnelles au débat sur notre réseau culturel international : Sa mission, son efficacité et son avenir.

1./ La réussite de notre politique de diffusion culturelle à l’étranger n’est pas correctement évaluée.

 Deux exemples :

  1. Le Louvre d’Abou Dhabi. C’est à l’évidence une opération culturelle de premier ordre et financièrement très rentable. Elle participe au dialogue des cultures, offre à notre patrimoine une visibilité nouvelle et des chances de développement. Notre savoir-faire et nos atouts ont été appréciés à l’étranger et nous avons reçu en échange des moyens financiers qui sont aujourd’hui une chance pour les collections françaises. Or cette opération n’a été, à aucun moment, reliée à la coopération culturelle internationale, à ses résultats et à son influence. Cette réussite est passé à coté de l’action du Ministère des Affaires étrangères qui n’en bénéficie ni en termes financiers ni en termes d’image pour son action.
  2. Les Instituts culturels aujourd’hui sont justes évalués sur leur capacité d’autofinancement, sans savoir si l’activité qui engendre cette capacité est une réelle action publique d’influence et de diffusion qui justifierait des financements publics, ou si l’autofinancement relève de la bonne gestion d’une activité commerciale classique de cours de Français dont la capacité d’image et d’influence reste faible. En réalité l’animation culturelle, la création, l’impact des évènements ne sont pas mesurés. Or c’est, ou cela devrait, être la finalité des instituts et centres culturels. 

2./ Le réseau est corseté entre ceux qui pensent rentabilité et impact à courts termes et les courtisans.

 Adrien Gouteyron, à l’image de beaucoup d’autres, suggèrent de faire de l’animation « hors des murs ». Objectif jamais contestable dès lors que ce qui est recherché c’est l’impact et l’influence. Mais n’oublions pas que pour être « hors des murs », il faut avoir ses murs à soi, exister, savoir créer ; Démarche essentielle avant de faire connaître et de diffuser.

 Olivier Poivre d’Arvor assène ses vérités courtisanes : « Notre action dans le Monde est illusoire » (Abu Dhabi appréciera) et « On ne mesure pas nécessairement notre influence au nombre de fonctionnaire envoyé de Paris ». Nous l’avions aussi remarqué. En général ça dépend des fonctionnaires et de leur travail… En la matière ce ne sont jamais ceux qui crachent dans la soupe qui sont les plus efficaces.

 S’affranchir des réussites et des actions du passé pour asséner qu’après avoir eu un résultat nul avec des moyens, on peut maintenant faire beaucoup sans rien… Voilà des réflexions qui inquiètent si l’on confie, comme la rumeur le voudrait, de nouvelles responsabilités à ce Monsieur pour le consoler de n’avoir pas eu la Villa Médicis.

 3./ Le Monde change, il nous faut de nouveaux objectifs

 1. Comment définir une politique d’accompagnement du développement efficace, avec des chutes de budgets dépassant les moins 20% ? Comment dans ce contexte réussir à permettre à notre pays et à l’Europe de conserver une place et un rôle, alors que deux symboles ne nous aident pas : (1) L’arrivée de Barack Obama et ce que cela représente en Afrique ; (2) Le mur anti-migratoire de la Méditerranée, que l’Europe pense devoir construire pour son confort.

  1. Comment développer une coopération éducative internationale, avec deux Ministères (Les Affaires étrangères et l’Education nationale) qui disposent chacun d’un opérateur : l’AEFE d’un coté, le CIEP de l’autre. Que chacun de ces opérateurs agit avec des rôles inversés, puisque c’est le MAE qui gère les écoles à l’étranger et le MEN qui dispose de l’opérateur dont la mission est d’assurer l’image du système éducatif … Comme si les deux n’étaient pas liés ! Et cette question se pose aujourd’hui avec une acuité toute particulière lorsque l’on connaît d’un coté les difficultés budgétaires de l’AEFE (qui vont dans un très proche avenir lourdement pesé sur l’image du système français d’enseignement), et de l’autre les inquiétudes du  CIEP, inquiet des baisses de crédit du MAEE, qui risque de fortement peser sur son activité de coopération internationale.
  2. Quelle qualité, quelle finalité pour les cours de langues demain dans nos Instituts ? Faut-il développer un politique de certification des organismes d’enseignement du français langue étrangère ? Comment parvenir à viser un public et des objectifs de haut-niveau, qui évite à nos centres d’être touché par la révolution dans l’usage et l’enseignement des langues que nous risquons de vivre au cours des dix prochaines années grâce aux progrès des logiciels de traduction. La communication basique de « Passe moi le sel » à « Comment allez-vous ? » n’aura plus besoin obligatoirement de se faire via l’anglais d’aéroport. Qualité, culture, échanges et contacts directs seront plus encore qu’aujourd’hui des atouts pour l’enseignement des langues demain, par oppositions aux outils électroniques qu’il convient de développer par ailleurs. Mesurons les atouts que constituent aujourd’hui nos instituts et nos centres, profitons-en, développons les pour qu’ils soient les premiers à résister à cette révolution qui s’annonce.
  3. En termes d’audio-visuel extérieur, l’internet haut et très haut débit, la TNT changes la donne. Il y a une quinzaine d’année, la capacité de diffusion était stratégique et assurait le pouvoir. L’important maintenant c’est la capacité créative. Cela passe par une nouvelle politique publique d’aide au cinéma et à la création, par une réflexion sur les droits d’auteurs qui doivent bien entendu être défendu, mais dont l’application actuelle bloque la diffusion des productions audio-visuelles françaises.

 Ayons en tête que création et qualité ne s’obtiendront qu’avec la rencontre et l’échange. Avoir un espace, dans les pays estimés importants pour notre présence culturelle mais aussi pour notre enrichissement n’est pas un concept caduc. Dans certains pays peut-être voudront nous grouper nos efforts avec d’autres, francophones ou européens, pour mieux défendre le dialogue des cultures, le respect de la diversité… Dont notre réseau, parfois malmené par son manque d’homogénéité est pourtant très riche. Veillons à éviter les velléités jacobines d’unification et de standardisation de nos dispositifs lorsque cela ne constituent pas de progrès intrinsèques.

 Les nouvelles technologies changent le rôle de nos instituts et centres culturels à l’étranger. Le rôle de « transmission » et de « diffusion » qu’ils avait auparavant est aujourd’hui moins essentiel. C’était un objectif. Cela doit devenir un moyen pour faire face à de nouveaux défis : Ce n’est plus une bibliothèque qui fera l’intérêt d’un Institut mais ceux qui le fréquente, leurs échanges, leurs travaux. Ne bradons pas notre réseau parce que la coopération culturelle de papa a vécu. Face à de nouveaux défis, riche d’une diversité que n’ont pas les centres Goethe, Cervantès ou British Council, transformons les en réels partenaires des lieux de créations et de savoir des villes et des pays où ils sont installés.

C’est avec ces objectifs que l’on renouvellera la manière de faire de la diplomatie au service de nos valeurs, de nos idées, de ce que nous sommes… donc aussi de nos intérêts.

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