La République du nombril

Réflexions sur le mode de décision gouvernemental à la lumière de la mise en place de la gratuité dans les classes de Terminale.

 C’est fait. Les instructions sur la prise en charge par la collectivité nationale des frais de scolarité en Terminale pour les enfants français ont été publiées par l’AEFE. Les dispositions prévues, entourées de déclarations de bonne intentions, auront probablement tous les effets pervers prévus et déjà dénoncés.

 L’injustice est lourde : Jean-Marie Messier aura sans doute droit au dispositif, alors qu’un enseignant résident travaillant dans un établissement de l’AEFE en sera totalement ou partiellement exclu en raison des majorations familiales déjà servies par l’Agence.

 Alors que le Premier Ministre dénonce l’état de faillite … de 5 ans de gouvernement UMP, ce sont 25 millions d’Euro qui seront consacrés, sur 15 mois sans aucun critère de justice sociale ou d’efficacité. Y aura-t-il un seul enfant français de plus scolarisé ? On ne voit pas comment. Alors que des dizaines d’établissement attendent les aides financières qui leur permettraient d’améliorer leurs conditions de sécurité, de s’agrandir, ou tout simplement de construire on préfère mobiliser de l’argent public pour une mesure de confort permettant au Président de faire semblant de tenir sa promesse.(*)

 Si je reviens sur le sujet pour la nème  fois c’est parce qu’il est, sur un sujet que nous connaissons bien, tout à fait révélateur du système Sarkozy. Et c’est fort inquiétant pour l’avenir. Nous étions nombreux à regretter l’absence de contrôle politique des administrations qui dictaient aux Ministres ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient faire. La République des énarques est sans doute menacée. Mais gagnons tout au change à voir se mettre en place une sorte d’autocratie particulière, où tout va tourner autour des discours du Président, avec des élus UMP godillots comme jamais ? La nombrilocratie, nous guette.

 Sur ce sujet, les avis des associations de parents gestionnaires ou non, des enseignants, des syndicats, des administrations étaient connus. A l’assemblée générale de l’ADFE, Stéphane Romatet, conseiller de Bernard Kouchner, s’était risqué à nous annoncer qu’il y avait un quasi-consensus pour faire évoluer la promesse initiale vers une large amélioration de la politique de bourse ainsi qu’une amélioration de la dotation pour les investissements immobiliers. Il avait toutefois indiqué que ces idées allaient être soumises à l’arbitrage du président. Ce dernier, adepte, comme ou le sais du « Je promets donc je suis » a tranché dans un sens différent !

 Panique à bord ! Y avait-il un plan B sérieux ? Une décision a été prise le 30 août sans analyse des conditions technique de mise en place. Avec des services devant improviser (avec talent) la suite, la définition du cadre réglementaire, les procédures… Voilà à quoi nous avons assisté.

 Derrière cette décision il y a clairement une idéologie qui consiste à penser que l’Etat, loin d’avoir un rôle de redistribution, voire même de régulation des moyens publics,  doit distribuer ceux-ci de manière égale = c’est à dire juste en apparence= entre tous. Ou plutôt entre tous ceux qui ont pu survivre à un processus de sélection sociale de plus en plus dur ! Et tant pis pour les autres, car ils ne le méritaient sans doute pas…

 Mais si cette décision est idéologique, et qu’elle doit être dénoncée comme telle, ce qui fait aussi froid dans le dos c’est la méthode pour la mettre en place : Manque de dialogue, ou plutôt non prise en compte des concertations préalables, pour imposer in fine une mesure idéologique ou médiatique, brut de décoffrage et sans préparation. De la Lybie à l’Iran, de la refonte des relations sociale dans notre pays à notre politique européenne, nous voyons bien que ces méthodes deviennent une habitude. Et notre avenir en dépend.

 Chaque jour, Sarkozy s’applique à nous faire croire que la réalité est un rêve. Méthode redoutable car chacun a besoin de rêver. S’affranchir de la réalité est parfois bien agréable. Mais soyons responsables : Si homme politique n’est pas la pour raconter (que) des histoires, il doit au moins savoir que pour aller vers la société qu’il souhaite, il ne faut pas s’affranchir de la réalité, mais prendre appui sur elle.

 Si le Président décide de tout, à quoi servent les Ministres ? les partenaires sociaux ? les Associations consultées ? les élus ? « Sarkozy m’a dit » ou « Le Président a décidé » remplaceront l’engagement et la responsabilité de tous les acteurs de la vie sociale et politique.

 En allant bien au-delà de ses alliés traditionnels, Sarkozy en a surpris plus d’un, pour aller chercher des compétences ailleurs. On comprend maintenant pourquoi : ils ne décident de rien. Rama Yade, fait une diversion, par ailleurs sympathique, pour s’opposer à une exclusion de squat. Martin Hirsch condamne sans limite le recours aux tests ADN, Bernard Kouchner renvoie à Hortefeux une demande d’explication sur un refus de délivrance de visa. Bref ce gouvernement c’est tout et le contraire de tout. Sans cohérence et sans responsabilité.

 A tout ceci trois conclusions :

 (1)   On ne négocie pas avec le réel. A s’en affranchir, la France le paiera cher. C’est notre responsabilité de le dire et de monter qu’il est possible, indispensable d’avoir un projet politique qui s’appuie sur la réalité pour mieux la changer.

(2)   Il y a un réel et grave danger pour a démocratie et l’engagement citoyen si l’homme de l’Elysée, à force de tout décider, affranchit tous les autres de toute décision, c’est à dire de toute responsabilité.

(3)   Soyons clair. Il n’est pas concevable de valider des changements constitutionnels qui valideraient une évolution irréversible de nos institutions vers un régime présidentiel. J’aurai voulu voir ceci écrit avec force, et plus en amont dans la proposition des socialistes pour la modernisation de nos institutions récemment publiées.

(*) le seul intérêt de la mesure est que l’AEFE ,n’ayant pas suivi la demande de l’UFE, demande à  connaître, avec justificatifs, les revenus des demandeurs de la prise en charge. Cela permettra d’avoir une indication statistique plus complète des familles susceptibles de souhaiter une aide à la scolarité qui aille au-delà la l’actuelle politique de bourse./.

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