Questionnaire Moyen-Orient

Daphna Poznanski et la section Yitzhak Rabin m’ont demandé de préciser mes positions sur la question iranienne ainsi que sur le processus de paix au Moyen-Orient. Cette demande a été adressée par la section Yitzhak Rabin à tous les candidats à la primaire sénatoriale sous forme d’un questionnaire.

J’ai donc repris celui-ci, en y répondant point par point. J’espère que sur la base de cette première réponse, un débat pourra s’engager, car je crois que les réponses apportées à ces questions essentielles doivent être publiques et pouvoir être assumées envers tout interlocuteurs et tous les militants de la FFE.

   Es-tu favorable à l’émergence d’une nouvelle force nucléaire militaire au Moyen-Orient ?

 Posée ainsi la question engendre bien naturellement une réponse négative. Il n’est jamais souhaitable de voir l’émergence d’un nouvel état maîtrisant la technologie nucléaire militaire, car la lutte contre la prolifération nucléaire reste un objectif essentiel que doit avoir la communauté internationale. Le développement d’outils politiques, scientifiques et militaires en faveur de cette lutte doivent donc être mis en place avec persévérance. Avec deux objectifs :

 (1)     éviter une croissance du nombre d’Etats (ou pire, d’autres structures non étatiques) disposant de ces armes, 

 (2)     s’assurer que les puissances nucléaires ne présentent pas de risques lors de troubles politiques majeurs ou par manque de contrôle sur leurs administrations, pays ou armée. Le précédent de la dissolution de l’Union soviétique qui disposait d’équipement dans plusieurs de ses anciens états fédérés semble avoir été correctement résolu, même si cela a coûté très cher. Et l’inquiétude majeure doit aujourd’hui être portée sur le Pakistan.

 Bien entendu, sous-jacent à cette question, il y a le problème iranien. Et plus généralement le sentiment d’asymétrie et d’injustice que favorisent les prises de positions d’états disposant des armes nucléaires, contre des pays qui font actuellement des recherches dans cette direction. C’est pourquoi la lutte contre la prolifération est ressentie aujourd’hui souvent comme un prétexte à une volonté de conservation d’une exclusivité. Et j’ajoute ici trois remarques :

 (1)     Les outils de la lutte contre la prolifération passent par un engagement des pays concernés à favoriser des contrôles internationaux sur l’usage des technologies, en particuliers d’enrichissement, qu’ils développent. Il serait donc paradoxal qu’un pays ayant signé ces restrictions (l’Iran) fasse l’objet de sanctions lourdes suite au non-respect d’un traité. Alors que d’autres, non-signataires, tel le Pakistan, ne sont pas inquiétés. Ce précédent n’est pas favorable à la croissance du nombre de pays acceptant de s’autolimiter en la matière. Et c’est donc contraire à la lutte contre la prolifération,

 (2)      Le rôle de la communauté internationale doit être avant tout de créer un climat de paix qui est la méthode la plus efficace pour limiter la prolifération. L’expérience des deux dernières décennies a été que les pays vont devenir proliférant s’ils se sentent menacés. De plus on peut parler de risque de contagion car si le voisin veut accéder à l’arme nucléaire, il contribue à rendre la région entière moins sûre.

 (3)     Si l’avènement d’un Iran puissance nucléaire est une perspective inquiétante, il faut veiller à ne pas transformer ce risque en élément ou cause d’une confrontation globale où la Russie sera à coup sûr partie prenante. Perspective qui éloignera la paix du Moyen et du Proche-Orient, tout en renforçant par un processus de victimisation bien connu le régime de M. Ahmadinejad.

 Quels sont les interlocuteurs privilégiés, légitimes et nécessaires pour un aboutissement du processus de paix au Moyen-Orient ?

 La paix se discute entre ennemis. L’autre solution est une victoire totale de l’un ou de l’autre des protagonistes. La configuration démographique et militaire au Proche-Orient empêche une solution de cette nature. Cela rend d’autant plus nécessaire de part et d’autre de la détermination et du courage pour la recherche d’une solution qui s’appuierait  sur deux Etats et des garanties sérieuses de sécurité tant pour Israël que pour la Palestine.

Les interlocuteurs légitimes sont les dirigeants politiques des pays en cause, en premier lieu Israël et Palestine, avec le soutien de leur peuple. Un dialogue n’a de sens que si ces dirigeants considèrent que leur intérêt politique est la paix. Le contexte politique ne permet pas d’avoir toujours des dirigeants politiques capables d’imposer la paix. Les accords d’Oslo constituent le dernier moment où ces conditions ont été réunies de part et d’autre. Yasser Arafat ensuite, Mahmoud Abbas plus encore aujourd’hui, ont toujours semblé trop affaiblis pour vouloir ou/et être capables d’imposer la paix. Liban, Syrie, Jordanie sont aussi des interlocuteurs utiles, mais c’est le conflit israélo palestinien qui est le cœur de la difficulté et donc de la solution.

 Netanyaou a beaucoup fait pour affaiblir l’autorité palestinienne au profit d’extrémistes qui ont miné les capacités de celle-ci. Il a eu le tort de vouloir pousser trop loin l’avantage d’Israël. Mais le prix à payer depuis dix ans est lourd : Israël a perdu tout interlocuteur crédible et capable d’imposer ses vues. Ainsi, Ehud Barak, malgré ses efforts s’est retrouvé devant une autorité palestinienne trop affaiblie pour prendre des décisions courageuses. D’où la tragédie actuelle.

Le Hamas peut-il être un interlocuteur ?  L’actualité de cette question sera plus ou moins cruciale suivant l’évolution de la situation à Gaza : Perdra-t-il, gagnera-t-il le soutien de la population ? Il faut toutefois constater qu’il est impossible de parler avec un adversaire qui fait du terrorisme son principal outil, ne cherche pas une victoire sur vous (encore moins les conditions de la paix avec vous) mais votre anéantissement pur et simple. Parallèlement toute action de la part d’Israël qui renforce chez les populations arabes un sentiment identique ne favorise pas une solution négociée. La guerre du Liban est malheureusement un dramatique exemple de ce point de vue. Il n’empêche qu’il peut être utile que certains pays, comme la Russie par exemple, entretiennent des liens entre toutes les parties pouvant un jour permettre l’ouverture d’un échange.

 Quels sont les obstacles à l’aboutissement de la paix ?

 –         La tragédie sociale qui pousse une partie de la population à la désespérance.

–         La tragédie humaine des morts, de l’insécurité permanente, du terrorisme, des risques à tout instant qui rend très difficile une approche rationnelle de la situation.

–         Les ingérences extérieures : La situation en Irak qui conditionne partiellement la position des USA, la place stratégique du Moyen-Orient comme centre de production et de transit d’une part significative de l’énergie mondiale. Ceci fait de cette région un centre d’affrontement géopolitique plutôt qu’un conflit à résoudre.

–         Voir ma réponse à ma question précédente : Des responsables politiques n’ayant pas intérêt ou plutôt pas la capacité à imposer la paix à leurs ultra.

 Aide aux palestiniens : Sous quelle forme ?

 Les engagements d’Oslo doivent être tenus. En particulier par la partie israélienne en ce qui concerne la perception des taxes douanières ou la livraison de biens et services (électricité, eau…) envers l’autorité palestinienne.

L’autorité palestinienne est légitime pour recevoir une aide internationale. Pour le reste l’aide humanitaire est indispensable, elle doit se faire en nature et sous une forme contrôlée, afin d’éviter tout détournement de son objet.

 Aujourd’hui il est difficile de voir quel agenda permettrait une solution globale au problème. Aussi, il me semble indispensable de mettre en place – autant que possible – un programme d’accès des enfants palestiniens à l’éducation. Cette aide éducative est, à long terme, une part indispensable de la contribution que la communauté internationale doit apporter à la paix. 

 Quel doit être le statut de Jérusalem ?

 C’est sans doute une des questions les plus compliquées, les plus symboliques qui est posée ici. Il est toutefois difficile de préjuger du résultat de pourparlers où de nombreuses questions devront avoir des réponses simultanément. C’est la négociation qui devra, le cas échéant, établir un processus pour un compromis global sur tous les aspects du conflit et de la future vie, sinon commune, du moins en voisins obligatoirement interdépendants, des deux Etats. Ceci étant dit, pour être fidèle à son histoire de carrefour de peuples, de centre essentiel, de nœud pour et entre plusieurs religions, une division de Jérusalem apparaîtrait comme la négation totale de son identité. Donc un facteur de risque et d’instabilité pour la suite. /

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