Bronislaw Geremek

 

Bronislaw Geremek est mort. Je n’ai jamais imaginé la Pologne sans lui. Depuis 1989, date à laquelle j’ai fait connaissance avec lui lors de mon premier voyage en Pologne à aujourd’hui, il a toujours constitué une référence et une méthode.

Il avait cette capacité à développer un raisonnement de manière simple, de placer ses observations dans le long terme, en dehors de toute gestion de l’instant. En accord ou en désaccord, c’était toujours enrichi que l’on ressortait d’un entretien avec lui.

Citoyen européen, il a toujours été là, en Pologne, entre la Pologne et le reste de l’Europe et particulièrement de la France, lorsqu’il fallait construire des ponts entres celles et ceux qui ne parvenaient pas à se comprendre. Il  parvenait à nous faire partager notre histoire et nos valeurs. A en faire un moteur pour l’avenir.

Visionnaire avant tout. Début 1990, je l’ai vu témoigner devant des proches de Gorbatchev déboussolés de sa conviction de la réussite des réformes économiques entreprises par Balcerowicz, mais aussi de l’indépendance inéluctable des pays baltes.

En 1993, il témoignait de l’inévitable adhésion à l’Union européenne des nouvelles démocraties, mais aussi des problèmes que cela poserait pour la suite et raison de nos différences de perception qu’il convenait de combler au plus vite. Ou de la place de l’Ukraine en Europe.

Depuis plusieurs années il constatait la manque de préparation des européens, à un ce qu’il appelait un « moment constitutionnel », ce qui le conduisait à vouloir aborder la construction européenne avec un grand pragmatisme. Avec François Gault, nous l’avions interviewé en 2003. Ses réponses gardent, aujourd’hui, une totale actualité.

Il conjuguait une vision du monde, la défense de la démocratie, de la liberté dans la solidarité avec un solide réalisme, qui nous manquera en Europe.

Il était une personnalité à part dans les relations franco-polonaises. Lorsqu’en 1994, je me suis présenté pour la première fois au CSFE, j’avais souhaité m’en entretenir avec lui et lui demander son soutient. Il m’avait aidé dans mes premiers pas et la première réunion publique de la campagne, auquel il n’avait pas pu participer mais avait demandé à Hanna Suchocka, d’être présente.

Je sais à quel point il constitue une référence, un exemple, un point fixe pour nombre d’entre nous, Français ayant une relation particulière avec la Pologne. Aujourd’hui nous sommes nombreux à être tristes. Dans les jours et les années qui viennent nous mesurerons son absence.

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