Les enfants de Décathlon

Voilà donc que pendant plusieurs semaines, l’actualité française a mis en avant le problème du logement d’une manière qui offrait à tous les Français lors des journaux télévisés un aperçu complet de la gamme camping d’une grande chaîne d’hypermarchés de loisir. La conclusion de cette lutte : On passe du droit au logement au droit opposable au logement. Est-ce une victoire sémantique ? Passera-t-on demain à un droit opposable au travail ? Et qui lancera le premier la déclaration des droits opposables de l’homme ?

En le présentant de cette manière, je ne tiens pas à minimiser le problème soulevé, l’engagement des acteurs, l’excellent choix du moment et l’utilité de la lutte. D’ailleurs, je joins à ce message de très bons argumentaires d’ATD Quart Monde pour ce qui est des mesures à mettre en œuvre et de la philosophie qui doit prévaloir à pour la mise en œuvre de ce droit.

Toutefois, dans le discours gouvernement/Enfant de don Quichotte, le problème ne peut se limiter à la dénonciation de la situation présente et à la mise en place d’actions correctives. Les politiques de solidarité qui ont été mises en place au cours des soixante dernières années sont de plus en plus contestées, remises en cause et n’inspirent plus confiance car plutôt que de réguler les risques d’injustice en amont, nous préférons corriger les inégalités en aval, ce qui coûte -naturellement- de plus en plus cher. Et cela n’a rien d’étonnant : Dans une société qui fabrique de plus en plus d’inégalité, la solidarité a un rôle de plus en plus important à jouer… qu’il est donc de plus en plus difficile d’imposer à une majorité. La gauche ne peut se limiter à vouloir accompagner, découvrir ces nouveaux besoins, mais doit œuvrer à la mise en place de règles qui rendent la société naturellement plus juste.

Je ne souhaite pas rentrer dans la discussion technique qui fera peut-être que le droit au logement opposable sera une réalité, même si je reste très perplexe. Mais si ceux qui le mettent en place au niveau de l’Etat aujourd’hui comptent se décharger sur les collectivités locales. Et s’ils ne font pas respecter les règles déjà mises en place pour le logement social dans chaque commune, ils insultent l’intelligence et participent à la dévalorisation de la parole politique.

Dans quel monde vit-on ? Ces derniers jours viennent d’être lancés, en France, des crédits immobiliers sur 50 ans !!! Pendant plus de 25 ans, l’emprunteur devra sur son travail rembourser les intérêts de l’emprunt. Et vivra-t-il jusqu’à pouvoir rembourser le capital de son emprunt ? Ce type de proposition est un véritable hold-up des revenus du travail par le capital ! Au début de l’action des Enfants de don Quichotte, un sondage montrait que 47% des Français avaient peur de devenir SDF : Un tel niveau d’incertitude sur l’avenir fait froid dans le dos….

 Plusieurs facteurs expliquent la crise actuelle : le besoin de mobilité des ménages, à la recherche d’un emploi ; la disparition des foyers tri-générationels sont deux facteurs qui pèsent depuis 30 ans sur le besoin de logement, accompagnant la croissance démographique. Mais toutes ces contraintes auraient été tout à fait gérables sans la spéculation immobilière.

 Le problème du logement ne se réglera pas exclusivement par le logement social car l’inflation immobilière touche de plus en plus de classe de revenus et empêche l’accession à la propriété dans des conditions acceptables. La libre circulation de capitaux, la liberté d’acheter de l’immobilier engendre des spéculations immobilières excessives. Et ceci est aggravé par le manque de confiance des citoyens dans notre système de protection sociale qui fait que dès lors que l’on a les moyens, on se constitue tout à fait légitimement un patrimoine immobilier qui apparaît comme la sécurité face à un système de retraite défaillant. Sans parler des incitations à se constituer une retraite complémentaire par capitalisation qui ne fait qu’aggraver la spéculation immobilière, par l’intermédiaire des sociétés d’investissements et d’assurance dont il est alors souhaité qu’elles offrent des rendements à deux chiffres !!!

 D’ailleurs lorsque la continuité des cotisations retraites n’est pas assurée par une activité saisonnière ou très aléatoire, le recours à « la pierre » pour assurer ses vieux jours n’est pas une situation nouvelle. On le rencontre dans de nombreux pays aux systèmes de retraite défaillant ou inexistant : On emprunte, on achète, on rembourse. Puis, la vie active passée, la vente ou le recours au viager devient alors l’unique solution pour conserver un revenu….

Des questions taboues méritent d’être posées : L’accession à la propriété doit-elle être ouverte à tous, sans condition de nationalité ou de résidence ? Une fiscalité adéquate et radicale est-elle la solution pour limiter les achats spéculatifs ? Dans cette affaire, et même s’il n’a que des effets à la marge, le boucler fiscal de l’UMP est un réel scandale. A-t-on le droit de pousser à la mise en place de retraite complémentaire par capitalisation ? Et alors que la réponse à ces questions ne peut se faire, le cas échéant, qu’au niveau de l’Union européenne, comment passer à l’acte dans des délais de temps raisonnable et convaincre nos partenaires ?

 Cette crise du logement est grave. Sans logement il n’y a pas de vie, pas d’identité. Elle est lourde car les ressources de la collectivité ne sont sans doute pas à la hauteur des besoins. Nous ne pouvons juste la traiter comme un problème parmi d’autre, mais comme une nécessaire remise en cause de principes et de règles essentielles de la société que nous acceptons depuis une bonne trentaine d’année. Des solutions neuves, le retour de la confiance en notre système de protection sociale semblent indispensables pour en sortir durablement.

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